Réception aux enchères des portraits noirs

22/08/2023 Par Artprice
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L’emballement autour du portrait noir est toujours manifeste sur le terrain des enchères et les sociétés de ventes alimentent généreusement leurs catalogues avec cette peinture figurative au goût du jour. Artprice by Artmarket vous livre les noms de celles et ceux qui remportent aujourd’hui la plus grande ferveur des collectionneurs.

 

Voilà une dizaine d’années que les artistes africains commencent véritablement à compter dans les sélections des grandes galeries prescriptives. Notamment pour des artistes travaillant sur l’identité africaine : David Zwirner travaille avec Kerry James Marshall depuis 2013, avec Njideka Akunyili Crosby depuis 2018 et avec Noah Davis depuis 2020. Hauser & Wirth a conclu en 2021 ses contrats avec Amy Sherald, Lorna Simpson, Mark Bradford, Henry Taylor et Simone Leigh, tandis que Gagosian intégrait au même moment Nathaniel Mary Quinn à ses artistes phares.

 

Sur le marché des enchères, plusieurs signes étaient précurseurs quant au succès à venir des artistes figuratifs africains, jusqu’au l’explosion très médiatisée de l’artiste Amoako Boafo qui, en faisant l’objet d’une spéculation immédiate, a donné une nouvelle impulsion au genre.

 

L’effet Boafo

Connu pour replacer le modèle noir dans la traduction picturale du portrait, l’artiste ghanéen Amoako Boafo a en effet ouvert une brèche pour les artistes africains et issus des diasporas pratiquant le portrait noir, devenu l’un des sujets les plus courrus sur le marché de l’art.

 

Quelques mois après la première apparition des œuvres de Boafo sur la foire Art Basel de Miami en 2019, la cote de ses portraits colorés fut immédiatement décuplée, passant de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers de dollars. C’est la vente de sa toile The Lemon Bathing Suit (Le Maillot de bain jaune) qui a mis le feu aux poudres : estimée entre 40 000$ et 65 000$ chez Phillips en 2020, son prix sidère en atteingnant 881 500$, alors qu’il s’agissait du tout premier passage en salle des ventes de l’artiste.

 

L’art de Boafo est non seulement arrivé à un moment où le marché était très en demande de ce type de travail, mais aussi dans un contexte social et politique particulièrement fort pour les artistes africains. Les institutions culturelles l’ont compris et se sont empressées d’acquérir des œuvres avant que les prix ne grimpent encore plus. Il en va ainsi du musée Guggenheim de New York, du Lacma de Los Angeles et du musée Albertina de Vienne qui ont tous acheté des œuvres.

 

De la Chine aux Etats-Unis, les collectionneurs privés les plus argentés se sont eux aussi immédiatement rués sur les toiles de Boafo si bien que, en 2021 et 2022, l’artiste a dépassé à six reprises le million aux enchères. En devenant inaccessible pour la plupart des acheteurs, Boafo a contribué à lancer une tendance forte pour la peinture africaine, et à ouvrir le marché à la découverte d’autres artistes issus du continent, des artistes pratiquant eux aussi l’art du portrait.

 

Cette tendance si marquée conduit Christophe Person, consultant chez Artcurial pour l’art contemporain africain, à se forger « la conviction qu’on arrive à un embourgeoisement du portrait noir. Les jeunes artistes vont passer à quelque chose de plus personnel sur leur identité ». (interview par Julie Chaizemartin pour le Quotidien de l’Art, mars 2023).

 

Amoako Boafo  : répartition géographique du produit des ventes aux enchères (Copyright Artprice.com)

Afflux de portraits noirs dans les catalogues de ventes

Depuis le début de l’année 2023, les sociétés de ventes aux enchères ont déjà proposé un large choix de portraits peints par des artistes contemporains africains. Le 8 mars 2023, à l’occasion de sa vente New Now, Phillips propose un nombre impressionnant de portraits noirs réalisés par des africains et issus de la diaspora. Cette session célébrant les artistes les plus “actuels” met en effet l’accent sur pas moins de 12 artistes réalisant des portraits noirs. Au terme de la vente, la plupart d’entre eux ont légèrement débordé leurs estimations hautes mais sans flamber pour autant. Rien de commun avec l’envolée exaltée des prix constatée il y a deux ans pour les toiles d’Amoako Boafo. Certes, la demande est vive mais les achats ne sont pas dirigés par des élans spéculatifs pouvant s’avérer redoutables. L’heure est à la découverte de nouvelles signatures et l’avenir tranchera vers un marché plus sélectif, ou au contraire élargi.

 

 

Oluwole Omofemi (Nigeria), Omonalisa VII

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Exemples de quelques portraits noirs vendus par Phillips lors de la session New Now de mars 2023 :

 

Bisa Butler (Américaine), Whirlwind

Estimé 25 000 – 35 000 $

Vendu 69 850 $

 

Adjei Tawiah (Ghana), Red on Black

Estimé 10 000$

Vendu 30 480 $

 

Oluwole Omofemi (Nigeria), Omonalisa VII

Estimé 12 000 – 18 000 $

Vendu 27 940 $

 

Victor Ubah (Nigeria), Tyler

Estimé 7 000 – 10 000 $

Vendu 12 700 $

 

Zandile Tshabalala (Afrique du sud), Paradise IIIII

Estimé 15 000 – 20 000 $

Vendu 17 780 $

 

Rufai Zakari (Ghana), Waiting Room i

Estimé 15 000 – 20 000 $

Vendu 13 970$

 

Adjei Tawiah (Ghana), Red on Black

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Deux mois après la vente New Now de Phillips, Sotheby’s enregistre, à l’occasion de ses grandes ventes new-yorkaises de mai, 20,5 millions de dollars pour des œuvres d’artistes noirs, soit plus de 55 % de la valeur de la vente The Now Evening Auction, véritable baromètre des artistes les plus excitants du marché (37,2m$). Cette vente de Sotheby’s établit six records, dont trois pour des oeuvres totalement totalement en dialogue avec les identités africaines : près de 3,1m$ pour Las Meninas II de Simone LEIGH, 2,5m$ pour From Congo to the Capital, and black again du grand Henry TAYLOR, et 355 600$ pour Portia ZVAVAHERA, une jeune artiste originaire du Zimbabwe défendu par le puissant galeriste David Zwirner depuis 2021.

 

Très consciente de la demande actuelle et de l’importance de braquer les projecteurs sur la création africaine, Sotheby’s a par ailleurs organisée une exposition à tel Aviv avec une trentaine d’œuvres contemporaines réalisées par des artistes originaires de huit pays africains (issues de la collection privée des frères Olym).

 

Plus que d’une tendance, il s’agit d’un travail de fond, d’un engagement véritable de la part des acteurs culturels y compris ceux du marché de l’art, pour donner de la visibilité à la création d’un continent trois fois plus grand que les Etats-Unis. Aujourd’hui, la demande européenne et nord-américaine est très axée sur une peinture figurative semblant parfois formatée : espérons qu’il s’agit d’une première étape vers une découverte plus diversifiée.

 

Communiqué d'Artprice