Art : l’ascension d’Hernan Bas

26/12/2023 Par Artprice
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À 45 ans, Hernan BAS compte parmi les peintres les plus prisés de sa génération et se voit déjà auréolé par quatre résultats millionnaires aux enchères, dont un en 2023. Les peintures de ces éphèbes, actuellement exposées au Bass Museum de Miami (sa ville d’origine), illustrent une peinture arrivée à maturité, riche de mille influences autour d’un unique sujet : un masculin entre deux eaux.

 

Car Hernan Bas ne cesse de peindre des jeunes hommes solitaires aux silhouettes androgynes dont émanent une certaine vulnérabilité et une distance mélancolique. Voyageant sur l’identité adolescente et le passage à l’âge adulte, les sujets de Bas promènent leur vague à l’âme dans ce que l’artiste définit comme les “limbes homo”. Mais au-delà du sujet en lui-même, la narration des peintures s’avère déroutante, les éphèbes se trouvant plongés dans des situations faussement banales, des couleurs vives et des contextes mystérieux. C’est que Bas donne le primat à l’imagination, un imaginaire nourrit entre autres de sa fascination pour la culture littéraire et artistique de la fin du 19e siècle. 

 

Sont en effet souvent citées à son égard des références picturales à Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Odilon Redon, Caspar David Friedrich, mais aussi des filiations avec les univers d’Elizabeth Peyton et Peter Doig pour le versant plus contemporain de la création. 

 

Outre les références artistiques, ses toiles convoquent aussi les écrits décadents de Joris-Karl Huysmans et d’Oscar Wilde ou encore les images érotiques d’hommes faisant les couvertures de magazines de mode masculine. Le monde de Bas opère ainsi des fusions entre la culture historique, la Pop culture et d’autres centres d’intérêt tout personnels tels les sujets occultes, les contes, les légendes, la mythologie ou encore les phénomènes paranormaux.

 

Évolution du produit des ventes aux enchères d’Hernan Bas

 

Carrière et évolution de la cote

Né à Miami, Floride en 1978, Hernan Bas grandit au sein d’une famille d’immigrés cubains, sa mère et son père musicien ayant gagné les États-Unis après l’arrivée de Castro au pouvoir. Désireux de pratiquer la peinture depuis son plus jeune âge (il peint son premier tableau vers l’âge de dix ans), le jeune homme fréquente le rigoureux lycée New World School of the Arts de Miami, part étudier durant un semestre à Cooper Union à New York, puis revient à Miami en 1997 pour travailler pour la Rubell Family Collection, des collectionneurs influents qui ont décelé son talent lors de sa première exposition au Miami Dade College en 2000. Les Rubell sont ainsi les premiers à soutenir son travail, achetant plusieurs œuvres qu’ils exposeront par la suite dans leur espace de Miami.

 

La carrière de Bas prend ainsi son envol depuis la Floride avant que l’artiste ne conquiert New York, Paris et Londres en 2004. Cette année-là, il fait sensation à la Biennale du Whitney Museum de New York, tandis que la célèbre galerie Victoria Miro lui consacre une exposition personnelle à Londres. L’artiste est toujours représenté par Victoria Miro sur le sol britannique, tout en étant aussi défendu depuis une dizaine d’années par la Galerie Lehmann Maupin aux États-Unis et par la Galerie Perrotin en France. Il est donc présent sur les grandes foires d’art internationales depuis une vingtaine d’années grâce au soutien de ces trois galeries et son travail pictural est, de fait, suivi par d’influents collectionneurs depuis longtemps. Ses oeuvres ont également intégré de grandes collections publiques, dont celles du MoMA de New-York, du San Francisco Museum of Modern Art, du Whitney Museum of American Art, du Musée d’Art Contemporain de Los Angeles ou encore du Samuso : Space for Contemporary Art de Séoul.

 

Bas est introduit pour la première fois aux enchères en mai 2006 chez Phillips de Pury & Company à New York avec trois œuvres, dont la plus grande remporte 90 000$ contre une fourchette d’estimation comprise entre 40 000 $ et 60 000 $. Puis, en novembre de la même année, il atteint déjà 168 000$ avec sa toile Dionysus bestwoning Midas his touch. Le marché se stabilise dans les années qui suivent sans que ses œuvres soient particulièrement sujettes à spéculer. Si elles sont régulièrement proposées en salles des ventes, les collectionneurs restent sélectifs et prudents. Ils ne se ruent pas sur tous les lots,  et maintiennent les prix dans les fourchettes destination fournies : autour de 30 000$ pour les formats de 80 centimètres, autour de 20 000$ pour des œuvres d’une trentaine de centimètres au tournant des années 2010. 

 

Évolution du taux d’oeuvres invendues aux enchères d’Hernan Bas (copyright Artprice.Com)

 

De rares grands formats parviennent à dépasser les 100 000$  en 2014, puis le seuil des 200 000$ est dépassé en 2018 depuis Hong Kong (With Stupid, 2011, Sotheby’s). La demande se renforce dans les années qui suivent, avec des taux de ventes en hausse. Il est vrai qu’en  2020, les œuvres de Bas sont exposées aux quatre coins du monde – Miami, Hong Kong, Corée du sud, New York, Paris, Zurich, Venise – et les enchères se font plus enthousiastes en 2021. Bas multiplie alors les résultats à six chiffres, jusqu’à obtenir 746 000$ à New York pour une toile estimée à 200 000$ (Night Flight or Midnight Migration, or My Merry Way, 2008). Quelques mois plus tard, Bas deviendra l’un des rares artistes contemporains au-delà du million de dollars. 

 

Progression du prix record obtenu aux enchères par Hernan Bas

90 000$ en mai 2006 – For You it has come to This, Phillips de Pury & Company, New York

168 000$ en novembre 2006 – Dionysus bestwoning Midas his touch, Phillips de Pury & Company, New York

270 800$ en avril 2018 – With Stupid, Sotheby’s, Hong Kong

746 000$  en novembre 2021 – Night Flight or Midnight Migration, Sotheby’s, New York

1,25m$ en mai 2022 – The Overly Prepped Boy, Christie’s, Hong Kong

2,68m$ en novembre 2022 – The Dawn Of Modernity, Holly International, Hong Kong

 

C’est à Hong Kong qu’est enregistré le premier résultat de cet ordre avec la toile The Overly Prepped Boy (or The Approaching Glacier) (2010) cédée pour 1,2m$, soit 64% au-dessus de l’estimation haute de Christie’s en mai 2022. Trois autres résultats millionnaires ont suivi, dont le dernier, enregistré en mars 2023, provient lui aussi de Hong Kong qui est devenue sa plateforme de ventes la plus performante, comme c’est le cas aujourd’hui pour bien des artistes contemporains occidentaux.

 

Répartition géographique du produit des ventes d’Hernan Bas depuis 2020 (copyright Artprice.com)

Communiqué d'Artprice