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Proposition
de loi
présentée par Mr Jean de GAULLE (député)
visant à améliorer l'environnement économique,
social, juridique et fiscal des professions
libérales afin d'accompagner et de
promouvoir leur développement (Enregistrée
à l'assemblée nationale le 6 février
2002, n° 3579).
Exposé
des motifs
"Les
professionnels libéraux ont, dans notre
pays, un rôle social, économique et humain
irremplaçable. Quel que soit leur
domaine d'exercice, qu'il s'agisse de
professions juridiques, médicales ou encore
techniques, ils assurent aux Français, à
bien des moments importants de leur vie, des
services de proximité véritablement
essentiels.
Grâce aux
600000 professionnels libéraux, installés
sur l'ensemble du territoire national, et à
leurs 1300000 salariés, ils permettent
à nos concitoyens d'être conseillés, d'être
soignés ou bien encore d'être défendus là
où ils vivent, au plus près de leur
quotidien. Au travers des missions
d'expertise et de conseil qu'ils mènent au
service des entrepreneurs, ils jouent aussi
un rôle éminent auprès des forces vives
du champ économique.
Au-delà
de la grande diversité des professions exerçant
en libéral - plus de deux cents sont recensées
-, elles constituent un corps social
unique, animé par des valeurs communes
qui sont autant de signes de reconnaissance
mais aussi d'exigences.
Outre la
compétence reconnue, validée par un diplôme
de haut niveau, et le strict respect de règles
déontologiques auquel ils sont tenus, les
professionnels libéraux engagent leur
responsabilité personnelle dans chacun de
leurs actes. Au coeur des informations
sur la vie des personnes et des entreprises,
ils doivent aussi veiller à protéger de façon
scrupuleuse le secret professionnel dont
ils sont dépositaires. Ces traits communs,
auxquels il faudrait ajouter l'esprit
d'indépendance, tant organique que financière,
et le souci constant d'une actualisation des
compétences et des savoirs donnent à
leurs services quotidiens un gage de qualité
incomparable.
C'est à
ce titre que ces valeurs doivent être,
chaque jour, confortées, protégées et
adaptées aux nouvelles donnes économiques,
technologiques, sociales et financières.
Il est
clair que ces évolutions constituent, pour
les professionnels libéraux, de véritables
défis à relever. La mutation accélérée
de l'économie des services dans notre pays,
la libéralisation croissante des services
dans un cadre mondialisé, mais aussi la
construction d'une Europe plus large et donc
plus diverse, apportent leur lot de
contraintes, de menaces, mais aussi de
perspectives, face auxquelles les pouvoirs
publics ne peuvent rester silencieux.
Ils
doivent, en complément des nombreux efforts
menés par les professionnels eux-mêmes,
accompagner les libéraux sur cette voie du
changement afin de faire valoir leurs spécificités
à l'échelle du monde et de stimuler leur développement.
Dans ce
contexte nouveau et incertain auquel ils
sont confrontés, les professionnels libéraux
envisagent leur avenir avec une certaine
inquiétude. En dépit de leur apport à
la richesse nationale et de leur
contribution à la qualité de vie des Français,
ils ont aujourd'hui le net sentiment de pas
être suffisamment reconnus et défendus.
Cette expression d'un « mal-être », qui révèle
un doute profond sur l'avenir de l'exercice
libéral dans notre pays, s'explique en
partie par les contraintes de plus en plus
nombreuses qu'ils ont à subir dans
l'exercice de leur activité.
Ainsi, l'application
des trente-cinq heures dans les entreprises
de moins de vingt salariés, à partir
du 1er janvier 2002, touche-t-elle de front
les entreprises libérales qui sont, en
majorité, des micro-entreprises. Ce malaise
diffus tient aussi à l'insuffisante
modernisation des services publics auxquels
les libéraux concourent. Les exemples des
secteurs de la santé et de la justice sont,
à ce titre, particulièrement éclairants.
Plus généralement,
les professionnels libéraux, qui sont légitimement
attachés à une égalité de traitement par
rapport aux autres acteurs économiques, se
plaignent de ne pas obtenir de réponse
satisfaisante à leurs préoccupations.
Parce que
l'activité libérale est avant tout une
activité créatrice de richesses et
d'emplois, au même titre qu'une entreprise
classique, elle ne saurait durablement faire
face à un statut et à des conditions plus
défavorables que ceux s'appliquant aux
autres entreprises.
L'avancée
récente, mais hélas timide, permise par la
loi n° 2001-152 du 19 février 2001 sur l'épargne
salariale montre de toute évidence qu'il
est possible de progresser en ce sens. En
effet, les professionnels libéraux et leurs
salariés, qui étaient jusque-là pour
l'essentiel privés de tout dispositif de
participation ou d'intéressement, vont
bientôt pouvoir avoir accès aux plans d'épargne
interentreprises dont la loi a consacré le
principe.
Au-delà
de cette mesure positive, qui fait
actuellement l'objet d'une négociation
d'accord collectif, il faut toutefois
reconnaître que les exemples d'inégalités
de traitement difficilement justifiables ne
manquent pas, qu'il s'agisse du domaine
fiscal, de la protection sociale, et
notamment des retraites, de la question récurrente
des baux professionnels ou encore des
questions liées à la représentativité
des professionnels libéraux dans les différentes
instances de régulation de la vie économique
et sociale.
Il est
de l'intérêt de notre pays de mettre en
oeuvre les réformes qui s'imposent, à
tous ces égards, pour lever les contraintes
injustifiées qui pèsent sur les
professionnels libéraux, pour accompagner
l'effort de modernisation qu'ils ont engagé
et pour ouvrir, en leur faveur, de nouvelles
voies de développement et de progrès.
C'est
dans cette logique que s'inscrit la présente
proposition de loi.
Visant à
améliorer l'environnement économique,
social, juridique et fiscal des professions
libérales afin d'accompagner et de
promouvoir leur développement, elle préconise
un certain nombre de mesures claires,
ambitieuses et réalistes, de nature à répondre
à ces légitimes attentes, organisées
autour de sept axes forts, détaillés
ci-après :
Titre Ier.
- Améliorer l'environnement fiscal des
professionnels libéraux ;
Titre II.
- Rendre accessible au plus grand nombre les
services des professionnels libéraux ;
Titre III.
- Assurer la pérennité et la continuité
de l'exercice libéral par l'élaboration
d'un statut des baux professionnels ;
Titre IV.
- Améliorer de façon significative la
reconnaissance et la représentativité des
professionnels libéraux ;
Titre V. -
Défendre une spécificité consubstantielle
à l'exercice libéral : le secret
professionnel ;
Titre VI.
- Adapter le passage aux trente-cinq heures
aux spécificités des entreprises libérales
;
Titre VII.
- Conforter le système de retraite et de prévoyance
des professions libérales".
Nous
nous bornerons, en l'espèce, à présenter
les dispositions d'ordre fiscales proposées
par Mr jean de GAULLE dans le cadre de sa
proposition de loi, à savoir le Titre I.
Titre I.
Améliorer l'environnement fiscal des
professionnels libéraux
C'est dans le
domaine de la fiscalité que doivent être
obtenues les réponses les plus urgentes à
ce qui apparaît, à bien des égards, comme
des situations d'injustice.
Au-delà de
cette question d'équité, c'est par ce
levier également que pourront être avancées
quelques mesures susceptibles de soutenir
l'activité des professionnels libéraux et
de contribuer à leur essor.
La première
de ces mesures concerne la taxe
professionnelle.
Plus de trois
ans après la réforme de cette taxe, une
grave iniquité fiscale continue de frapper
les assujettis du secteur libéral employant
moins de cinq salariés.
En effet, la
loi de finances pour 1999 a décidé de
supprimer progressivement la part salariale
de l'assiette de la taxe professionnelle due
par les seules entreprises régies par le
droit commun.
Mais les
professionnels libéraux employant moins de
cinq salariés, assujettis pour la plupart
aux bénéfices non commerciaux, se sont vus
écartés de cet allégement et privés de
toute mesure d'accompagnement. Ils assument
pourtant, comme l'ensemble des assujettis,
les mesures de compensation budgétaire qui
avaient été alors décidées. Même si
cette différence de traitement
difficilement explicable par rapport à
l'ensemble des autres redevables est
aujourd'hui unanimement reconnue, le
Gouvernement s'est toujours refusé, depuis
cette date, à prendre les mesures de nature
à y mettre un terme.
L'article
1er de la présente proposition de loi vise
donc à rétablir cet équilibre mis à mal
par la réforme de 1999, en supprimant le régime
distinct d'imposition à la taxe
professionnelle des professions assujetties
aux bénéfices non commerciaux employant
moins de cinq salariés.
C'est là une
mesure de justice, très attendue par les
professionnels concernés, qui, au
demeurant, représente un coût budgétaire
faible par rapport à celui de la réforme
initiale.
Au même
titre que la taxe professionnelle, la
taxe sur les salaires constitue un réel
frein à l'activité, à l'embauche et à la
promotion interne du personnel employé, en
particulier dans le secteur libéral.
Cette taxe
est due par les professionnels libéraux et
les entreprises qui ne sont pas assujetties
à la TVA ou qui l'ont été sur moins de 90
% de leur chiffre d'affaires réalisé l'année
précédente. Elle touche donc tout
particulièrement les professions médicales
et les agents généraux d'assurance.
Afin de
soutenir l'emploi et de nourrir la
croissance dans ces secteurs, qui
contribuent pour une part importante à la
force économique de notre pays, il convient
de s'atteler sans tarder à alléger la
charge fiscale pesant sur eux au titre de la
taxe sur les salaires.
L'article
2 propose donc de relever de façon
significative le montant de la franchise et
de la décote de la taxe sur les salaires,
en les portant respectivement de 838,47 €
(5500 F) à 1375 € (9019 F) et de 1676,94
€ (11000 F) à 2750 € (18038 F). Pour un
libéral employant un salarié unique, cette
disposition aurait pour conséquence de
faire passer la limite d'exonération de
13025,24 € à environ 16770 € de rémunération
brute annuelle.
Une autre
mesure serait de nature à stimuler
l'activité des professionnels libéraux, en
particulier ceux qui désirent favoriser
leur développement en procédant à des
travaux dans leurs locaux : l'extension
aux locaux à usage professionnel du bénéfice
du taux de TVA réduit.
Depuis le 15
septembre 1999, ce taux de 5,5 % est
applicable aux travaux d'amélioration, de
transformation, d'aménagement et
d'entretien portant sur les seuls locaux à
usage d'habitation. L'impact sur l'emploi
d'une telle disposition a été très
sensible, du fait notamment de la forte
intensité de main-d'oeuvre dans le secteur
du bâtiment.
Nul doute,
dans ces conditions, qu'une extension aux
locaux à usage professionnel amplifierait
ce mouvement favorable, de façon particulièrement
bienvenue à l'heure où la croissance connaît
quelques signes de faiblesse. En outre, tout
indique que cette évolution contribuerait
utilement à développer ou moderniser
l'activité des professionnels libéraux en
les incitant à réaliser des travaux sur
leurs locaux d'activité. Elle serait un précieux
« coup de pouce » pour tous ceux qui
envisagent de transformer un local
d'habitation en local professionnel, et tout
spécialement pour les professionnels libéraux
dont les activités ne sont pas assujetties
à la TVA et qui ne peuvent donc la récupérer,
tels les médecins et les agents généraux
d'assurance.
L'article
3 de la présente proposition de loi préconise
donc de procéder à cette extension
d'application du taux réduit de TVA pour
les travaux dans les locaux à usage
professionnel.
Il pérennise
en outre ce dispositif, tant pour les locaux
à usage d'habitation que les locaux à
usage professionnel, en supprimant l'échéance
du 31 décembre 2002 qui avait été
initialement prévue dans la loi de finances
pour 2000.
Une dernière
mesure d'ordre fiscal pourrait être de
nature à rendre plus attractives les
prestations assurées par certaines
professions libérales juridiques et
faciliterait utilement l'accès au droit
pour tous.
N.B
publié
le 25/02/02
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