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Your business is bankable : welcome to the United States
BE Etats-Unis 201 du 26 mars 2010
lundi, 29 mars 2010
/ Administrateur

Le "Start-up Visa" au Sénat américain ou l’inquiétude américaine face à l’émergence du premier "brain drain" entrepreneurial

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La proposition d’un nouveau type de visa destiné aux créateurs d’entreprises étrangers vient d’être introduite au Sénat américain. Le texte [1], proposé par les sénateurs John Kerry (démocrate) et Richard Lugar (républicain) fait l’objet d’un fort soutien à Washington de la part des capitaux-risqueurs (VC) et des investisseurs providentiels ("Business Angels"). Au total, pas moins de 160 d’entres eux se sont ralliés au mouvement en faveur de ce texte.

Le "Startup Visa Act" prévoit un visa de deux ans pour les entrepreneurs immigrants, capables de lever au moins 250.000 dollars, dont 100.000 dollars provenant d’un VC ou d’un Angel américain accrédité. Si l’entrepreneur a su créer cinq emplois ou plus (épouse et enfant non compris) et générer 1 million de dollars de chiffre d’affaires (ou lever la même somme auprès d’investisseurs), le texte propose également qu’il devienne résident permanent après ces deux ans.

Le texte propose donc un nouveau visa appelé EB-6. Ce ne serait en fait qu’une amélioration, une modification de l’existant EB-5, qui offre déjà la résidence permanente à un immigrant créant 10 emplois et investissant au moins 1 million de dollars aux Etats-Unis (500.000 dans le cadre "d’activité économique ciblée").

A l’origine de cette proposition de loi est Paul Graham, investisseur et directeur de "l’accélérateur de jeunes pousses" Y-Combinator [2]. En un peu moins d’un an, son appel en faveur d’un visa pour entrepreneur a rallié un nombre considérable de personnes influentes du milieu de la technologie et de l’entrepreneuriat [3]. Il a aussi soulevé un débat houleux. D’une part, les supporters du visa prônent avant tout l’impact sur l’économie américaine des créateurs d’entreprise étrangers. En effet, la liste est longue mais pour ne citer que quelques une de ces entreprises, Google, Pfizer, Intel, eBay, Procter & Gamble ont toutes été fondées par des personnes nées en dehors des Etats-Unis. Plus important encore, en 2008, les immigrants représentaient 40% des créateurs d’entreprises technologiques du pays et près de 52% des entreprises de la Silicon Valley. Rappelons que les immigrants ne représentent cependant que 12,5% de la population américaine (chiffres 2008).

Les tenants du Startup visa déplorent qu’un nombre considérable d’étudiants internationaux formés dans les meilleures universités, immergés pendant plusieurs années dans l’esprit entrepreneurial américain, se voient contraints de retourner dans leur pays d’origine sans pouvoir réaliser un projet d’entreprise. Dans le meilleur des cas, les postulants à un séjour prolongé aux Etats-Unis obtiennent un visa de travail classique H1B, souvent attribué par des moyennes ou grosses entreprises car relativement coûteux. En bref, les partisans du EB-6 soutiennent l’idée que les jeunes pousses créent de nombreux emplois et que les immigrants sont bien placés pour favoriser ce mouvement mais que la législation actuelle va dans un sens opposé.

Un autre volet du débat concerne la condition d’attribution du visa aux seuls projets bénéficiant d’un soutien par des VC ou investisseurs. On sait en effet que de nombreuses entreprises à succès n’ont pas eu recours au capital risque ni à des business angels. N’est-il donc pas limitant de réserver ces visas aux entrepreneurs qui décrochent le plus de financement ? Ne devrait-on pas à la place utiliser le nombre d’emplois crées comme critère de sélection ? Les défenseurs de ce visa soutiennent qu’il faut bien un critère à l’entrée...et l’on peut comprendre la difficulté pour le législateur de faire passer une loi qui attribuerait des visas sur des promesses de création d’emplois. Par ailleurs, dans le cas d’une sélection liée aux investissements, n’existe-il pas également le risque de faire pencher la balance au profit des VC, les entrepreneurs devant accepter des contrats léonins avec ces derniers en "échange" de leur visa ? Autre contre-argument, l’existence du visa "O". Ces visas, réservés aux personnes "exceptionnelles" devraient en théorie permettre aux meilleurs entrepreneurs de rentrer aux Etats-Unis. La sélection pour ce type de visa s’avère cependant incroyablement stricte.

Au final, une grande majorité de la communauté technologique et entrepreneuriale américaine semble ravie de l’introduction de ce texte au Sénat, voyant en lui un moteur puissant de relance économique, d’innovation et de création d’emplois. Mais, dans le même temps, beaucoup estiment que le texte ne peut rester en l’état et devrait être modifié, afin de ne pas lier ces visas aux financements obtenus par les jeunes pousses. Le débat est loin d’être terminé...

On le sait, les Etats-Unis reste un pays très attractif lorsque l’on parle de création d’entreprises, notamment en matière de hautes technologies. Mais les inquiétudes sur le démarrage du premier "brain drain" américain gagnent les esprits alors que la suprématie technologique du pays est mise en concurrence. Le "start-up visa" peut donc apparaître comme une réponse urgente et perfectible aux préoccupations des plus inquiets sur l’assèchement de l’offre de bons projets, à savoir les investisseurs.

- [1] Le texte officiel "the Startup Visa Act" : http://redirectix.bulletins-electro...
- [2] http://ycombinator.com/
- [3] Sites officiels de soutien au Startup Visa : http://startupvisa.2gov.org et http://startupvisa.com


Source : BE Etats-Unis 201 du 26 mars 2010

Rédacteur : Yann Le Beux, deputy2-inno.mst@consulfrance-boston.org

Origine : BE Etats-Unis numéro 201 (26/03/2010) -Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques....

BE Etats-Unis 201 du 26 mars 2010