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Si chacun
connaît ou profite aujourd'hui de l'épargne
salariale (il y a aujourd'hui plus de 6
millions de salariés bénéficiaires),
c'est en grande partie grâce à ses
nombreux avantages fiscaux. Rappelons en
guise de préambule qu'aucun dispositif
fiscal français n'est comparable à celui
de l'épargne salariale dont le gain net
pour le bénéficiaire d'une même somme
peut atteindre 300 % selon qu'elle aura été
versée sous forme d'augmentation de salaire
ou au travers d'un plan d'épargne
entreprise (PEE).
Pour mieux le
comprendre, voici l'exemple illustrant ce mécanisme
:
Rappel sur
le PEE :
L'entreprise
Dupond dispose de 10 000 francs à verser à
chaque salarié. Elle peut opter soit
:
-
pour une
augmentation de salaire : coût pour
l'entreprise 15 000 francs, net pour le
salarié après prélèvements sociaux
(25 %) et impôt sur le revenu (30 %) :
environ 5 000 francs.
-
pour un
Abondement au PEE : coût pour
l'entreprise 10 000 francs, net pour le
salarié après prélèvement de CSG/CRDS
: 9 240 francs.
Le différentiel de rendement avant tout
placement est de un à trois en faveur
de l'épargne salariale et ce sans
prendre en compte la défiscalisation à
la sortie, dont les règles
s'apparentent à celle d'un PEA.
De tous les
dispositifs, le PEE est sans doute le plus
intéressant de tous, notamment grâce à
l'Abondement, qui correspond à un versement
complémentaire de l'entreprise. Limité à
300 % du versement du salarié et à 2300
€ (15 000 francs) par an et par personne,
l'Abondement permet une optimisation fiscale
forte, comme il est décrit dans l'exemple
ci-dessus. Seule la CSG et la CRDS sont dues
par l'entreprise au moment du versement (on
les calcule sur 95% du montant de
l'Abondement). A la sortie, les sommes
(versement du salarié et Abondement) sont
exonérées d'impôts sur les plus-values et
ne sont soumises qu'au prélèvement de CSG/CRDS
et du prélèvement social complémentaire
(soit 10 % au total).
La loi du
19 février 2001
La nouvelle
loi sur l'épargne salariale du 19 février
2001 et dont les décrets sont parus au JO
du 3 août 2001 apporte de nombreuses
modifications pratiques et fiscales à des
dispositifs simples mais aux règles
nombreuses. Nous inaugurons ces articles par
la présentation des grandes modifications
introduites par la loi, ainsi que par la présentation
des deux dispositifs nouvellement créés,
le PEI et le PPESV. Nous aborderons le détail
des modifications juridiques et fiscales
concernant la Participation, l'Intéressement
et le PEE dans les prochains articles.
Une
disposition qui modifie radicalement la
nature de l'épargne salariale :
Une des
nouveautés parmi les plus importantes de la
nouvelle loi sur l'épargne salariale est
sans conteste la possibilité pour le chef
d'entreprise de bénéficier des avantages
du PEE, à condition que l'entreprise compte
moins de 100 salariés. Il s'agit là d'une
véritable révolution qui va entraîner une
évolution profonde du marché de la gestion
financière en France. Nous reviendrons
prochainement sur cette disposition et ses
applications pratiques.
Les
principales modifications apportées par la
loi :
-
Introduction
de l'obligation de négocier
annuellement dans l'entreprise au sujet
de l'épargne salariale dans le cas ou
l'entreprise n'est couverte par aucun
dispositif d'épargne salariale. Cette
obligation s'applique également en cas
de PEE octroyé, c'est à dire mis en
place unilatéralement par l'employeur.
Par ailleurs, la loi ajoute aux clauses
obligatoires pour l'extension d'une
convention de branche la nécessité de
prévoir les modalités de mise en œuvre
des dispositifs relatifs à l'Intéressement,
la Participation et aux PEE.
-
Création
d'un livret d'épargne salariale. Il
permet à chaque salarié qui quitte une
entreprise de recevoir un état récapitulatif
de ses avoirs. A noter que le transfert
d'un PEE vers le PEE de son nouvel
employeur, en cas de changement
d'entreprise, ne sera pas pris en compte
pour le calcul du plafond des versements
autorisés au PEE.
-
Droit à
la formation pour les salariés membres
des conseils de surveillance (article L
451-3). Le décret d'application de
cette loi, article R 444-1-6, précise
que les administrateurs désignés en
application de l'article L 225-23 du
code du commerce, les membres des
conseils de surveillance désignés en
application de l'article L 225-71 du même
code et les membres des conseils de
surveillance des FCPE bénéficient
d'une formation à l'exercice de ces
fonctions dans les 6 mois suivant leur
prise de fonction.
-
Création
des fonds solidaires : ce sont des fonds
diversifiés qui détiennent entre 5 à
10 % de titres émis par des entreprises
solidaires agrées ou par des sociétés
de capital risque ou par des fonds
communs de placement à risques détenant
eux-mêmes au moins 40 % de titres émis
par des entreprises solidaires.
-
L'ancienneté
maximale pouvant être requise pour bénéficier
dans une entreprise de la Participation,
de l'Intéressement ou du PEE n'est plus
de six mois maximum mais de trois mois
maximum.
Le Plan
Partenarial d'Epargne Salariale Volontaire
(PPESV) :
Rappelons au
préalable qu'un PPESV ne peut être mis en
place que si les salariés ont le choix
d'une durée de placement plus courte, ce
qui implique qu'on ne puisse proposer un
PPESV que si les salariés ont déjà accès
à un PEE et/ou à un PEI.
La mise en place d'un PPESV ne peut se faire
que par accord ou convention collective. Il
peut également être mis en place dans le
cadre d'un PEI. C'est alors les règles de
conclusion du PEI qui s'appliquent.
La durée de blocage du PPESV est de dix
ans. Cette indisponibilité est :
-
soit à
terme fixe: à partir du premier
versement, le délai d'indisponibilité
de l'ensemble du plan est de dix ans
(sept ans en cas d'actionnariat salarié)
et ce quelle que soit la date et le
montant des versements ultérieurs. A
l'issue des dix ans, toutes les sommes
versées sont disponibles (y compris les
plus récentes) mais peuvent rester placées.
L'indisponibilité du PEA (Plan d'Epargne
en Actions, réservé au particuliers)
fonctionne de manière identique mais
sur huit ans.
-
soit à
terme glissant, comme l'actuel PEE:
chaque versement subit une même durée
de blocage de dix ans.
Il est
obligatoire de proposer aux adhérents du
PPESV la possibilité d'investir dans un
FCPE solidaire (voir définition plus haut).
Cependant les signataires disposent d'un délai
de six mois pour désigner ce FCPE.
Le PPESV peut recueillir les sommes de :
-
La
Participation : attention aux règles
particulières ! (suivant qu'il s'agit
d'un terme fixe ou glissant).
-
L'Intéressement
: au plus tard cinq ans avant
l'expiration du plan en cas de terme
fixe.
-
Transferts
de PEE ou de PEI : au plus tard cinq ans
avant l'expiration du plan en cas de
terme fixe. Ces transferts ne sont pas
pris en compte pour le calcul du plafond
des 25 % de rémunération annuelle
brute. Attention, pour le transfert de
sommes avant l'expiration du délai de
blocage, l'Abondement n'est pas
possible.
-
Abondement
: mêmes règles que le PEE, mais le
plafond est porté à 4 600 €. Une
taxe de 8,2 % est prévue au-delà des 2
300 €. Cette enveloppe s'ajoute à
celle du PEE. Son montant n'est pas
limité. L'Abondement de l'Intéressement
et de la Participation est possible. Une
Provision Pour Investissement (PPI) peut
être constituée à hauteur de 25 % du
montant de l'Abondement versé ou de 50
% en cas d'actionnariat salarié.
-
Augmentation
de capital réservée aux salariés :
possibles avec une décote de 30 % mais
aucune majoration d'Abondement n'est
accordée.
La liste des déblocages anticipés est
disponible à l'adresse suivante : www.epargne-salariale.fr/es/ex_deblocage-ppesv.asp
A l'expiration du délai de blocage, les
sommes restent disponibles et des
sorties fractionnées sont possibles.
Le
Plan d'Epargne Interentreprises (PEI) :
Les règles
de fonctionnement du PEI suivent celles du
PEE. Les points suivants précisent les
points dérogeants au PEE :
-
Le PEI ne
peut être mis en place que par Accord
entre syndicats d'employeurs et de
salariés. Les entreprises adhérant
individuellement à un PEI peuvent le
faire par ratification au sein du comité
d'entreprise ou par les deux tiers du
personnel. Si l'entreprise est concernée
par le champ professionnel et/ou géographique
de l'Accord, aucune formalité d'adhésion
n'est à priori requise de l'entreprise.
-
Une
entreprise peut dépendre de plusieurs
PEI.
-
TOUTES les
entreprises comprises dans le champ
professionnel et/ou géographique de
l'Accord sont concernées par l'Accord,
même si elles ne l'ont pas signé. TOUS
les salariés de ces entreprises peuvent
adhérer librement à ce ou ces PEI et
la société est tenue de prendre en
charge les frais de tenue de compte des
salariés. En revanche, aucun Abondement
ne saurait être imposé à
l'entreprise.
-
Un PEI
peut également servir d'Accord de
Participation. Une Provision Pour
Investissement (PPI) de 25 % du montant
de la Participation est alors prévue.
Cette PPI passe à 50 % en cas
d'application de ce dispositif dans les
deux ans qui suivent la publication de
la loi.
Une nouveauté
importante, rappelée par les décrets,
consiste en l'obligation de formation pour
tout nouveau membre d'un Conseil de
surveillance de FCPE, un administrateur ou
un membre d'un conseil de surveillance
salarié. Cette formation doit intervenir
dans les six mois suivant sa nomination. La
multiplication des possibilités offertes
par la nouvelle loi, mais également face
aux nouvelles obligations obligent les
entreprises à faire face à de nouveaux
risques : attention au fait que le
non-respect de l'obligation annuelle de négocier
sur l'épargne salariale constitue un délit
d'entrave, que toute augmentation de capital
doit présenter une proposition de résolution
sur l'ouverture du capital au salarié, etc.
Le PEI et le PPESV vont modifier dans les
années à venir la perception, la diffusion
et l'utilisation de l'épargne salariale en
France.
-
Concernant
le PPESV, de quoi s'agit-il sinon d'une
timide introduction de fonds de pension
à la française ? De ce point de vue la
loi présente une avancée certaine,
mais il eût été plus simple de
relever le plafond d'Abondement du PEE
proportionnellement à la durée de
blocage des sommes du salarié.
Rappelons en effet que le PEE a toujours
permis contractuellement un blocage des
sommes supérieur à 5 ans (certaines
entreprises vont jusqu'à 40 ans !).
-
S'agissant
du PEI, les choses se confirment : les
salariés pourront bien adhérer
volontairement et indépendamment de
leur entreprise. Il s'agit ni plus ni
moins que d'un nouveau PEA, lorsque le
dispositif est utilisé a minima, c'est
à dire sans Abondement de la part de
l'entreprise. L'entreprise est néanmoins
tenue de régler les frais de tenue de
compte de ses salariés, qui lui seront
facturés directement par la société
de gestion du salarié. Il s'agit donc
d'un nouveau prélèvement imposé aux
entreprises - et le procédé peut
choquer - mais il faut rapporter cette
obligation à son coût (quelques
dizaines de francs par salarié et par
an) et surtout au fait qu'il s'agit
d'une nouvelle forme de placement défiscalisée
qui est créée, à l'instar du PEA ou même
de l'assurance vie. On peut se féliciter
que, pour une fois, les contributions
obligatoires de l'entreprise n'aillent
pas alimenter quelque déficit mais
participent à l'aide à l'épargne de
tous les individus (car les chefs
d'entreprise, rappelons-le, peuvent désormais
adhérer à ce type de plan). Nous
sommes heureux de voir valider par les
textes cette nouvelle forme d'épargne.
H.S
publié
le 15/10/01
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