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Fiscal on
line :
Bonjour M. Lipskier, pouvez vous vous présenter ?
Jean-François LIPSKIER : Je
suis directeur du pôle financement de l’innovation du
groupe Lowendal. Lowendal group est un cabinet de
conseil spécialisé en optimisation de coûts. Sa vocation
est d’accompagner les entreprises dans la réalisation
d’économies sur leurs charges sociales, fiscales et
leurs frais généraux.
Notre
slogan « ensemble optimisons vos dépenses
opérationnelles » illustre notre activité de
récupération de TVA, d’optimisation des impôts locaux,
des charges sociales, des frais généraux, et l’activité
de notre pôle « financement de l’innovation » spécialisé
dans la recherche de financements pour les entreprises
qui innovent.
Fiscal on line :
En quoi consiste plus précisément votre mission
d’optimisation des dépenses de recherche et
développement au sein de Lowendal group ?
Jean-François LIPSKIER :
L’optimisation des dépenses de recherche et
développement (R&D) chez Lowendal group peut prendre un
certain nombre de formes.
Du point de vue
du financier, l’investissement en R&D se caractérise par
un risque élevé, un délai de récupération important, et
bien souvent un ticket d’entrée minimal non négligeable.
Il est naturel que nos clients se préoccupent de ces
aspects de leurs projets de R&D.
Notre rôle est de les
aider à limiter l’impact de ces trois caractéristiques :
la demande en capitaux propres (ticket d’entrée) peut
être réduite par l’obtention d’aides publiques directes
(subventions) ou indirectes (aides fiscales) ; le délai
de récupération et le niveau de risque peuvent être
réduits par un management rigoureux des projets, par la
mise en place de partenariats judicieux (partage des
coûts et des risques) et par une politique volontariste
de valorisation des résultats, y compris hors « core-business ».
Nous insistons
sur le fait qu’il ne s’agit pas nécessairement de
réduire les dépenses de R&D, mais bien de les optimiser
: à budget équivalent, l’objectif peut consister à
obtenir davantage de résultats.
Fiscal on line :
Il
ressort de différentes études (21ème rapport du Conseil
des impôts) que la France fait un faible usage de
l’incitation fiscale à la recherche. Quel est votre
sentiment sur cette affirmation?
Jean-françois LIPSKIER : Il
convient d’appréhender cette affirmation sous deux
angles : celui des entreprises et celui de L’État.
S’agissant des entreprises, très peu d’entre elles ont
profité, jusqu’à présent, des dispositifs d’incitation
fiscale à la recherche en raison d’un déficit de
connaissance du dispositif, souvent perçu à juste titre
comme particulièrement complexe et peu incitatif dans un
contexte de faible croissance, voire de décroissance des
investissements de R&D.
Toutefois, le rapport que vous avez cité date de 2003.
Depuis, le dispositif fiscal d’incitation à la recherche
(et en particulier le Crédit d’Impôt Recherche) a été
remanié et a été rendu beaucoup plus incitatif. On peut
dès lors s’attendre à ce que le nombre d’entreprises qui
vont profiter du nouveau dispositif augmente
considérablement.
En effet,
en 2003 et depuis 1993, le montant du crédit d’impôt
était directement proportionnel à la variation des
dépenses de R&D de l’année en cours par rapport à la
moyenne des deux années précédentes.
Dans les années de
forte croissance, notamment dans les industries à fort
contenu technologique, un tel dispositif pouvait être
incitatif.
Dans la conjoncture que nous connaissons
depuis plusieurs années, les entreprises peinent
majoritairement à maintenir leur niveau d’investissement
en R&D.
Le dispositif n’était donc plus adapté. Il a été
réformé en 2004 avec, notamment, la mise en place d’une
part du crédit d’impôt recherche directement
proportionnelle à la valeur absolue des dépenses de R&D
(c‘est la fameuse part dite « en volume »), en
complément de la part liée à la variation de ces
dépenses, qui subsiste pour l’essentiel. Clairement,
cette réforme du mode de calcul du CIR va entraîner un
accroissement considérable du nombre d’entreprises qui
en bénéficieront.
Concernant l’État, il convient de préciser que peu de
pays parmi les pays les plus industrialisés disposent
d’un dispositif de crédit d’impôt recherche. Les
dispositifs qui existent à l’étranger ne sont pas
forcément plus compétitifs ou plus incitatifs que le
dispositif français. Le dispositif français peut
certainement être amélioré mais il y a déjà un travail
qui a été fait en ce sens et je ne suis pas sûr qu’on
puisse dire que l’État ne fait pas assez usage de ce
dispositif.
De plus,
il faut observer que s’il existe un domaine où une
intervention de l’état par le biais de l’aide fiscale se
justifie, c’est celui du soutien à une politique
d’investissements en R&D volontariste de la part des
entreprises.
De
nombreuses études ont en effet montré que le rendement
social de l’investissement en R&D est très largement
supérieur à son rendement privé.
Qu’est ce
que cela signifie ? Que ces investissements bénéficient
à l’ensemble de la société bien au delà du bénéfice
qu’ils procurent à l’entreprise. Lorsque le rendement
social d’un investissement excède ainsi largement son
rendement privé, il est à craindre qu’en l’absence
d’intervention de l’état, l’investissement soit sous
optimal pour la société dans son ensemble. La question
que l’on peut se poser est celle de la forme que peut,
ou doit prendre cette intervention de la puissance
publique : aide fiscale ou aides directes. Quoi qu’il en
soir les deux types d’aides sont complémentaires.
Fiscal on line :
D’après vous, quels sont, aujourd’hui, les moyens
dont disposent les entreprises pour financer leur
innovation ?
Jean-François LIPSKIER :
Elles
disposent des moyens suivants :
- les
fonds propres
- la
dette
- les
aides directes des pouvoirs publics
- les
aides fiscales
En
premier lieu, il convient de citer les fonds propres. A
priori, une entreprise fait de la R&D car elle en attend
la mise sur le marché d’un produit ou d’un service
nouveau et donc une source de profit additionnel. Il est
donc légitime qu’elle finance avant tout par ses fonds
propres les opérations de R&D. Si les entreprises ne
sont pas prêtes à financer un projet sur leurs fonds
propres, leur quête d’aides fiscales ou d’aides
indirectes est à notre avis vaine, car cela veut dire
que le projet ne s’inscrit pas dans leur stratégie de
développement. Inversement, si une entreprise a un
projet qui s’inscrit dans sa stratégie, il faut aller
chercher des aides car il n’y a pas de raison de ne
financer que sur ses fonds propres.
L’entreprise peut également financer ses dépenses de R&D
par le biais de la dette. Sans parler de la dette
bancaire, deux types de dettes peuvent être utilisés
pour financer de la R&D : les avances remboursables à
taux zéro consenties par l’ANVAR (que l’on peut aussi
assimiler à une aide directe de l’État), et le
crédit-bail, notamment pour financer des investissements
en équipement de R&D.
Enfin, on
peut compléter le financement par des aides directes
d’état. Il s’agit principalement des différents types de
subventions proposées par les régions, par l’État ou par
la Commission européenne. Ces aides viennent toujours en
complément d’un investissement significatif (et même le
plus souvent majoritaire) en fonds propres.
Il faut
noter qu’en contrepartie de ces aides, il y a souvent
des contraintes qui peuvent être importantes pour
l’entreprise en matière de propriété intellectuelle, de
dissémination des résultats, de montage de partenariats etc… Beaucoup d’entreprises renâclent devant ces
contraintes et renoncent à des aides auxquelles elles
pourraient prétendre, ce qui en limite considérablement
la portée. C’est notamment le cas des aides proposées
par la Commission européenne dans le cadre du 6e PCRD.).
Et bien
sûr, le financement peut aussi être complété par le
biais des aides fiscales : il s’agit principalement du
Crédit d’Impôt Recherche et accessoirement de mesures
concernant immobilisations physiques affectées à des
opérations de R&D : amortissement dégressif accéléré,
exonération de TP… Plus récemment est venu s’ajouter
pour certaines entreprises le statut spécifique de Jeune
Entreprise Innovante (JEI).
Fiscal on line :
Quelle
place tient le crédit d’impôt recherche dans ce panel de
moyens ?
Jean-François LIPSKIER : Le
crédit d’impôt recherche devrait avoir une place
prépondérante mais ce n’est pas le cas. En effet, il est
souvent moins employé qu’il pourrait l’être et il est
moins employé que le recours aux aides directes sous
forme de subventions.
Cette situation
est paradoxale car toute entreprise qui fait de la R&D a
droit au crédit d’impôt recherche.
Même si la
justification des dépenses qu’on impute au crédit
d’impôt recherche se révèle parfois complexe et
technique, le mécanisme est déclaratif et assez simple à
mettre en œuvre.
S’agissant des
aides directes, ces dernières sont très sectorielles et
focalisées sur un certain nombre de thématiques définies
au niveau national et communautaire. Mais même si elles
ne s’adressent pas à toutes les entreprises, celles qui
y ont droit en profitent bien davantage que du crédit
d’impôt recherche, en raison de leur montant
particulièrement élevé.
On en arrive
parfois à une situation invraisemblable où les
entreprises vont chercher des aides directes qu’elles
auront peu de chances d’obtenir et n’utilisent pas le
mécanisme du crédit d’impôt qui leur est ouvert.
Fiscal on line :
L’article 87 de la loi de finances pour 2004 a
amélioré le dispositif du crédit d’impôt recherche.
Parmi les aménagements apporté quelle est selon vous la
mesure la plus significative ? Pourquoi ?
Jean-François LIPSKIER : Incontestablement c’est l’introduction d’une part dite en volume.
Jusqu’à 2003
le crédit d’impôt recherche était calculé simplement sur
la base de l’accroissement des dépenses de R&D comparé à
la moyenne des deux années précédentes. Dans une période
qu’on a connue où les investissements de R&D étaient
faibles, ce crédit d’impôt incrémentiel n’était pas très
intéressant.
Depuis la loi de finances pour 2004, une
part en volume a été introduite qui représente 5% du
montant de la valeur absolue des dépenses de R&D
engagées par l’entreprise dans l’année écoulée. Cette
part en volume change beaucoup de choses pour les
entreprises qui maintiennent un effort de R&D.
La prise
en compte du volume des dépenses pour le calcul du
crédit d’impôt permettra à toutes les entreprises qui
exposent des dépenses de recherche de bénéficier du
dispositif quelle que soit l’évolution de leurs
dépenses. En effet, en cas de diminution des dépenses de
recherche, la part en volume restera acquise à
l’entreprise et chaque année les entreprises pourront
tabler sur un crédit d’impôt.
Dans l’ancienne version du CIR
où seule existait une part en accroissement, il pouvait
arriver que le crédit d’impôt soit négatif si la
variation des dépenses de R&D par rapport à la moyenne
des années précédentes était négative.
Même si un
mécanisme permettait de reporter en avant ce crédit
négatif sur un éventuel crédit positif de l’année
suivante, il arrivait que des entreprises et notamment
les plus grosses traînent du négatif sur plusieurs
années. Ce mécanisme n’avait dès lors aucun intérêt pour
elles.
Aujourd’hui si
ces entreprises conservent leur négatif, elles peuvent
bénéficier de 5% de la valeur absolue de leurs dépenses
de R&D. Ceci justifie que de très nombreuses entreprises
intègrent ou réintègrent le dispositif alors qu’elles
l’avaient abandonné.
Fiscal on
line :
Le
nouveau dispositif du crédit d’impôt recherche est-il
plus complexe que le précédent ?
Jean-François LIPSKIER :
Non. L’ancien dispositif était déjà, c’est vrai, assez
complexe, mais le nouveau ne l’est guère plus. La
formule de calcul est un tout petit peu plus compliquée
mais reste abordable pour quelqu’un qui a une
connaissance des mathématiques tout à fait rudimentaire
! La véritable complexité, c’est dans la détermination
et la justification du périmètre des dépenses éligibles
qu’on la trouve.
Fiscal on line :
A qui va profiter le relèvement du plafond du
crédit d’impôt recherche ?
Jean-François LIPSKIER : Le
plafond du crédit d’impôt recherche est désormais fixé à
8.000.000 d’euros.
Cette mesure va
surtout profiter aux grands groupes, c'est-à-dire ceux
qui ont les moyens de réaliser des dépenses en R&D de
façon à générer un crédit d’impôt supérieur à 6,1
millions d’euros (ancien plafond).
En revanche,
pour les autres entreprises, cela ne changera
strictement rien. Celles qui n’atteignaient pas le
plafond avant la réforme, l’atteindront encore moins
aujourd’hui. Le plafond antérieur pénalisait les plus
grosses entreprises, il les pénalisera moins maintenant.
Si cette mesure
concerne un nombre relativement limité d’entreprises,
l’impact demeure positif étant donné que ces entreprises
sont typiquement celles qui maintiennent le plus grand
nombre de postes de chercheurs, autrement dit des
emplois.
Fiscal on line :
En matière de crédit d’impôt recherche votre
mission se situe-t-elle plutôt en amont (éligibilité des
dépenses de recherche) ou en aval (contrôle a
posteriori)?
Jean-François LIPSKIER :
Notre accompagnement et notre mission en ce qui concerne
le crédit d’impôt recherche concernent toutes les étapes
du processus, depuis l’identification des enjeux,
l’identification du périmètre des opérations de R&D
éligibles (identification qui comporte une certaine
complexité puisque les définitions sur lesquelles
l’administration se fonde ne sont pas dénuées
d’ambiguïté), le chiffrage des dépenses correspondantes
et surtout, l’élaboration des dossiers justificatifs
scientifiques et techniques d’une part, et comptables
d’autre part, sur lesquels le client va pouvoir
s’appuyer en cas de contrôle fiscal.
Notre mission
va consister à assurer à nos clients que leur dossier
est exact sur la forme, et que sur le fond ils disposent
de l’argumentaire nécessaire et des éléments de preuves
aptes à emporter la conviction de l’administration
fiscale pour justifier leurs dépenses de recherche.
Un point
important à retenir sur le CIR est qu’il n’existe pas de
définition totalement univoque et exhaustive de ce qui
relève de la R&D.
L’administration se fonde sur un
certain nombre de critères, pour la plupart inspirés du
Manuel de Frascatti, publié par l’OCDE. Ce manuel fait
l’objet d’un large consensus, et les critères retenus
par l’administration ne sont donc pas plus mauvais que
d’autres.
Simplement, dans de très nombreuses situations, ils ne
permettent pas de trancher sans ambiguïté. Il est de ce
fait très fréquent que l’éligibilité d’une dépense de
R&D soit discutable, en fonction de l’interprétation que
l’on fait des textes. Rien ne vous empêche de choisir
l’interprétation qui vous est la plus favorable, à
condition d’être capable de soutenir avec succès votre
choix dans un débat contradictoire avec
l’administration. Si votre argumentation est solide,
vous avez toutes les chances d’obtenir gain de cause,
d’où l’importance que nous attachons à la qualité des
dossiers justificatifs. En revanche, pour qu’un tel
débat contradictoire soit possible, il faut
impérativement que vos déclarations soient
irréprochables sur la forme.
Comme
vous le voyez, cela demande du temps et du savoir-faire,
et chaque client présente des caractéristiques uniques,
difficiles à généraliser. C’est pourquoi chacune de nos
missions est conçue sur mesure, en concertation avec le
client, de façon à lui garantir l’accompagnement qui lui
conviendra le mieux.
Fiscal on
line : Au regard de votre expérience, les contrôles en
matière de crédit d’impôt recherche sont ils nombreux ?
Jean-François LIPSKIER :
Les contrôles sont quasi inéluctables.
Nous recommandons
généralement à nos clients de se préparer à un contrôle
dans les 3 ou 4 ans qui vont suivre la déclaration
fiscale. Le contrôle ne sera pas forcément spécifique.
Il peut s’agir d’un contrôle de l’ensemble de l’impôt de
la société ou d’un contrôle dédié au crédit d’impôt
recherche. Dans les deux cas, mieux vaut être préparé :
ceci en établissant leurs déclarations avec rigueur, en
constituant et en archivant en bonne place des dossiers
justificatifs convaincants, avec une information
synthétique, pertinente, bien organisée et bien
présentée, de façon à faciliter le travail des
inspecteurs ; et enfin, en revoyant systématiquement
avec nous, avant tout contrôle (qu’il soit spécifique ou
non) leurs dossiers de CIR.
En
revanche, qui dit contrôle ne dit pas fatalement
redressement. Si notre client est bien préparé, si le
dossier est complet et si son argumentation est
détaillée, il n’y aura pas de redressement ou en tous
cas il pourra en limiter les effets.
Fiscal on line :
Les
entreprises utilisent-elles la procédure de demande
d’avis préalable prévue à l’article L 80 B du CGI ?
Jean-François LIPSKIER :
Très peu d’entreprises ont recours au rescrit.
Une raison à
cela : l’administration dispose d’un délai de 6 mois
pour faire connaître sa réponse concernant l’éligibilité
de dépenses au crédit d’impôt recherche.
S’il n’y a pas
eu de réponse ou si cette réponse est positive dans le
délai vous avez l’assurance que votre dossier ne sera
pas redressé.
En revanche, si
dans ce délai l’administration répond négativement, vous
savez d’ores et déjà que vous avez une déclaration
erronée qui va obligatoirement être redressée. En effet,
dans l’hypothèse fréquente où l’entreprise a un exercice
qui coïncide avec l’année civile, cette dernière a du
déposer sa déclaration avant d’avoir obtenu la réponse
de l’administration.
La procédure
n’est donc pas très attractive. A la limite, si vous
avez un doute sur l’éligibilité au crédit d’impôt
recherche des dépenses que vous avez entrepris, il vaut
mieux tenter le coup et faire jouer le dispositif tout
en ayant sous le coude un dossier solide et consistant.
En cas de contrôle a posteriori il conviendra
d’argumenter, de plaider votre cause. Si cela est bien
fait, vous avez toutes les chances d’avoir gain de
cause.
Fiscal on line :
Quel est
votre sentiment sur les « pôles de compétitivité » qui
figurent au programme du projet de loi de finances pour
2005 ?
Jean-François LIPSKIER :
C’est une
vieille idée qui a été modernisée.
A
l’origine, deux évidences :
- pour
faire de la R&D de façon efficace il faut dépasser une
certaine « taille critique » que les entreprises isolées
n’ont pas forcément la capacité d’atteindre et que les
centres d’expertise académique n’ont pas non plus
forcément la possibilité d’atteindre
- il est
bon de favoriser les transferts de technologie, de
compétence, de savoir faire entre le monde académique et
le monde industriel
Il est
donc assez logique de chercher à fédérer ces acteurs
autour de grandes thématiques communes et de les
rassembler géographiquement pour faciliter les échanges.
La mise
en place de ce mécanisme rejoint ce que la communauté
européenne essaye de faire en tentant de structurer
l’espace européen de la recherche, en créant de grands
réseaux de compétence et en y associant des entreprises
de façon à franchir cette « taille critique » qui est
perçue comme une condition nécessaire à une politique
ambitieuse de recherche et développement.
Les avantages
fiscaux qui devraient être consentis à ces « pôles de
compétitivité », ne sont pas nouveaux puisqu’ils seront
vraisemblablement calqués sur ceux dont bénéficient déjà
les jeunes entreprises innovantes (JEI). En effet, le
projet de loi de finances pour 2005 propose une
exonération totale d’impôt sur les bénéfices, réalisés
dans lesdits pôles au titre de trois premiers exercices
bénéficiaires, puis d’une exonération à hauteur de 50 %
au titre des deux exercices suivants. Une exonération
complète d’imposition forfaitaire annuelle serait
également applicable. Les entreprises pourraient par
ailleurs bénéficier, sur décision des collectivités
territoriales concernées, d’une exonération de taxe
foncière sur les propriétés bâties et de taxe
professionnelle pendant cinq ans. Les entreprises
participant à ces pôles de compétitivité devraient
bénéficier, quels que soient leur taille et leur âge,
d’allégements de charges sociales pour les personnels de
recherche, comme c’est déjà le cas pour les JEI..
Fiscal on line :
Quels
dispositifs fiscaux seraient, d’après vous, les plus à
même de soutenir l’innovation et la recherche ?
Jean-François LIPSKIER :
Une aide de l’État dans le domaine de la R&D est
particulièrement pertinente, en raison de son rendement
social élevé. L’intervention de l’État peut prendre la
forme d’une aide directe (subventions) ou d’une aide
fiscale.
L’avantage des aides directes est qu’elles permettent de
contrôler l’enveloppe budgétaire qui y est associée.
L’inconvénient réside dans le fait que ces aides sont
très ciblées et focalisées sur quelques thématiques
prioritaires. En effet, elles visent principalement à
subventionner les tentatives « d’innovations de rupture
» c'est-à-dire des opérations tendant à provoquer un
saut technologique en raison de leur caractère hautement
innovant.
En revanche, ces aides négligent le plus souvent
l’innovation récurrente qui consiste à améliorer les
techniques et les produits existants afin de les faire
coller aux attentes du marché. Malheureusement, alors
que la grande majorité des entreprises font de
l’innovation récurrente, peu font de l’innovation de
rupture. Les aides directes (subventions) ne profitent
donc qu’à un nombre restreint d’entreprises.
L’aide
fiscale (le crédit d’impôt recherche) en revanche est
ouverte à tous sur des critères qui sont les mêmes pour
toutes les entreprises (mis à part l’effet de plafonds
pour les plus grosses). Par son caractère déclaratif,
l’aide fiscale sous la forme du Crédit d’impôt Recherche
ou de l’option pour le statut de JEI est assez facile
d’accès. Même si le mécanisme a été profondément rénové,
celui-ci pourrait encore être amélioré afin d’en faire
bénéficier un plus grand nombre d’entreprises, notamment
en élargissant le champ des opérations éligibles à
l’ensemble des activités d’innovation, dont la recherche
ne constitue qu’une partie.
Notons
par ailleurs que le crédit d’impôt recherche a un impact
sur l’emploi scientifique. En effet, de nombreuses
études font ressortir que l’existence d’un dispositif de
crédit d’impôt en faveur de l’innovation dans un pays
donné contribuait significativement à accroître le
montant des investissements en R&D des entreprises de ce
pays. Or, des investissements en R&D, cela signifie
notamment de nouveaux emplois de jeunes chercheurs. A ce
sujet, ce sont surtout les mesures qui portent sur
l’allègement des charges sociales pour ces derniers qui
paraissent aujourd’hui particulièrement nécessaires.
Propos
recueillis par Nicolas BOUSSEAU
publié le 01/11/2004
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