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Étude

Rapport d'information de l'Assemblée Nationale sur la proposition de directive du Conseil modifiant la directive 77/388/CEE en ce qui concerne les taux réduits de taxe sur la valeur ajoutée (COM (2003) 397 final/ E 2365)

 
Introduction :

Régulièrement, l'Assemblée nationale est saisie, au titre de l'article 88-4 de la Constitution, de demandes de dérogations au régime communautaire de la TVA. Ainsi, la Délégation a-t-elle récemment examiné des demandes de l'Irlande - tendant à appliquer un taux réduit sur les constructions immobilières - ou de l'Allemagne - en vue d'exclure du droit à déduction la TVA appliquée à certains biens ou services dont l'utilisation pour les besoins des entreprises est inférieure à 10% de leur utilisation totale. Cette succession de mesures a créé, au fil des ans, un corpus réglementaire extrêmement touffu.

Le régime des taux réduits n'a pas échappé à cette complexité. Aux dérogations accordées dans le cadre des négociations d'adhésion de certains Etats à la Communauté, se sont ajoutées de multiples mesures transitoires et plusieurs régimes spéciaux. L'expérimentation dans certains pays, depuis 2000, de taux réduits de TVA dans des secteurs dits à forte intensité de main-d'œuvre, comme la rénovation des logements ou les services à domicile, en est un des plus récents exemples.

Dès lors, il est très difficile d'avoir une idée claire du champ d'application des taux réduits de TVA en Europe. La Commission elle-même admet ne pouvoir fournir en ce domaine que des informations « indicatives ». C'est tout dire...

Cette situation présente plusieurs inconvénients. Au-delà du caractère opaque de la loi communautaire, elle engendre des difficultés pratiques pour les particuliers, les entreprises et les administrations. De plus, elle place les Etats dans des situations inégales injustifiées : on ne comprend pas pourquoi, par exemple, huit Etats membres peuvent appliquer un taux réduit de TVA sur la restauration, et non les sept autres ; ni pourquoi le Royaume-Uni, l'Irlande, la Belgique, le Danemark, l'Italie, la Finlande et la Suède ont seuls le droit d'appliquer des taux zéro. Enfin, elle présente des risques de distorsions de concurrence au sein du marché intérieur.

Aussi, la Commission européenne, saisie de multiples plaintes et demandes, propose-t-elle aujourd'hui, à la lumière du bilan de l'expérimentation des taux réduits sur les services à forte intensité de main-d'œuvre, une réforme d'ensemble. Celle-ci prend la forme d'une proposition de directive du Conseil modifiant la directive 77/388/CEE, aussi appelée « sixième directive TVA », qui fixe les principales règles du régime communautaire de la TVA. Présentée en juillet dernier, cette proposition a été soumise à l'Assemblée nationale, au titre de l'article 88-4 de la Constitution, le 8 septembre 2003. Elle a fait l'objet d'une première discussion le 13 septembre à Stresa, en Italie, lors d'un Conseil informel des ministres de l'économie et des finances de l'Union (Ecofin), qui a laissé apparaître de multiples divergences de vues. Ces divergences ont été confirmées au Conseil Ecofin du 7 octobre dernier. Le texte devrait être à nouveau examiné au Conseil Ecofin du 4 novembre prochain, en vue d'être adopté d'ici la fin de cette année. En effet, le régime expérimental des taux réduits sur les services à forte intensité de main-d'œuvre, qui arrive à échéance à la fin de 2003, doit être remplacé par un dispositif pérenne.

Cette réforme constitue un enjeu important. Politique, d'abord, puisqu'elle touche à un domaine essentiel de la souveraineté des Etats : la fiscalité. Economique, dans la mesure où l'harmonisation des réglementations et des taux de TVA est une condition de bon fonctionnement du marché européen et, par là même, de la compétitivité de ce marché par rapport à ses principaux concurrents. De plus, l'application de taux réduits de TVA est considérée par beaucoup comme un facteur efficace de développement économique et de lutte contre le travail clandestin. Ainsi, l'expérimentation d'un taux réduit pour la rénovation de logements en France aurait, selon l'évaluation faite par le Gouvernement, créé au moins 40 000 emplois depuis 2000. A l'inverse, la Commission estime qu'un recours abusif aux taux réduits peut être contre-productif, car il pèse sur les finances publiques et se révèle, selon elle, moins efficace que d'autres mesures, comme la baisse des charges sociales.

L'enjeu est aussi social, compte tenu du nombre important de professions pouvant bénéficier de taux réduits ; qu'il s'agisse, entre autres, des secteurs du médicament, des équipements médicaux, des denrées alimentaires, du logement social, du bâtiment, de la distribution d'eau, de l'hôtellerie ou de certains services de nettoyage. Il est enfin culturel, puisque ceux du livre, de la presse, des spectacles ou des services de radiodiffusion et de télévision sont aussi concernés.

La Délégation avait déjà eu l'occasion de donner son avis sur la question, lorsqu'elle avait eu à examiner, en 1999, la proposition de directive sur les taux réduits applicables aux services à forte intensité de main-d'œuvre(1). Elle avait alors déposé une proposition de résolution, qui avait été ensuite débattue, puis adoptée par la commission des finances et l'Assemblée nationale en séance plénière(2). La résolution plaidait, notamment, pour l'instauration de l'expérimentation de taux réduits sur les services à forte intensité de main-d'œuvre - en particulier les travaux de grosses réparations, d'amélioration et d'entretien dans l'habitat -, la préservation de la liberté fiscale des Etats dans la mise en œuvre de ce dispositif et l'application au Conseil du vote à la majorité qualifiée (au lieu de l'unanimité) concernant les autorisations accordées dans ce cadre.

Cette fois-ci, le champ de la réforme est beaucoup plus vaste, puisqu'il touche tous les régimes de taux réduits et repose sur une rationalisation d'ensemble.

Aussi, est-il nécessaire de rappeler le contexte global dans lequel s'inscrit cette proposition de directive, afin de mieux en apprécier le contenu et la portée, et de déterminer les propositions d'amélioration qu'elle appelle.

Le rapport est disponible à l'adresse :

http://www.assemblee-nationale.fr/12/europe/rap-info/i1160.asp#TopOfPage

publié le 10/11/03

 


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