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"LES
STRATÉGIES FISCALES EN EUROPE"
Note
de Benchmarking international réalisée en
2002, Institut de l'Entreprise
Leçons
et orientations : La France est-elle
encore capable d’une réforme fiscale
?
Le
rapport de benchmarking que la Commission
Fiscalité de l’Institut de l’Entreprise
présenté aboutit à des conclusions qui
vont plus loin que l’intuition qui lui a
servi de point de départ : la France n’a
pas manqué de répondre, peu ou prou, à la
pression générale en faveur de la baisse
des prélèvements fiscaux mais,
contrairement à ses partenaires de l’Union
Européenne, elle n’a pas intégré ses
réformes dans une stratégie de refonte
globale qui lui aurait donné cohérence et
efficacité économique.
Qu’on
en juge par les remarques suivantes. Si
elles représentent des guides pour une
réforme, c’est seulement en ce qu’elles
ont été suivies par les pays analysés
dans ce rapport.
On
constate que dans tous les pays
considérés, les améliorations techniques
du système fiscal, – il est vrai qu'un
système fiscal vieillit et que des
ajustements sont périodiquement
indispensables – n'ont pas été
l'objectif premier des réformes. Ce sont
des considérations économiques qui ont
prévalu et la réforme fiscale a été
précédée d'une réflexion économique
approfondie. Qu'il s'agisse d'assurer la
compétitivité du pays concerné dans un
univers où la concurrence fiscale,
dommageable ou non pour reprendre les
distinctions de l'OCDE et de l'Union
européenne, fait de plus en plus sentir ses
effets, d'améliorer la neutralité de
l'impôt au regard des décisions
d'investissement tant des ménages que des
entreprises et des sources de financement de
ces dernières ou d'éviter de pénaliser
l'emploi, notamment non qualifié, nos
partenaires n'ont pas hésité à remettre
en cause un certain nombre de concepts bien
établis et à privilégier le pragmatisme
par rapport à l'idéologie. Le nombre de
pays à gouvernement social-démocrate parmi
les fers de lance de la réforme est à cet
égard significatif.
Dans
la plupart des pays étudiés, il y a eu
soit recherche d'un consensus droite-gauche
pour garantir la stabilité de la réforme
soit, au bénéfice des alternances
politiques, une correction par une nouvelle
majorité d'un projet élaboré par la
précédente dans des conditions telles que
la résultante suscite un large consensus.
L'exemple allemand est à cet égard
révélateur puisque ce sont les
sociaux-démocrates du Chancelier Schröder
qui ont, au-delà des péripéties
politiques, mené à bien une réforme
ambitieuse initiée par le Chancelier Kohl !
Cette
recherche du consensus ex ante ou sa
réalisation ex post pour aboutir à un
dispositif fédérateur demande
malheureusement du temps, ce qui est gênant
pour un pays comme le nôtre qui a déjà
pris beaucoup de retard.
Celles-ci
peuvent additionner des mesures
techniquement simples mais à fort impact
économique et politique, soit privilégier
une refonte complète de l'architecture des
prélèvements.
1/
Vues depuis la France et en
considération des défauts maintes fois
dénoncés de notre système, les réformes
entrant dans la première catégorie ne
manquent pas d'interpeller. Même si
l'exercice consistant à construire une
réforme idéale à partir des mesures
considérées comme les plus intéressantes
dans chaque pays a un caractère quelque peu
fallacieux, il se dégage néanmoins de la
comparaison un certain nombre de lignes
directrices :
–
La baisse des taux de l'impôt sur le
revenu, avec une remise en cause, même dans
les pays de tradition social-démocrate, du
tabou des taux élevés. Dans certains cas
l'on constate même une diminution des
prélèvements plus forte sur les revenus
élevés que sur les bas revenus, par
exemple en Espagne où la réduction du taux
est de huit points sur la dernière tranche
contre deux points sur la première !
–
La diminution des taux de l'impôt sur les
sociétés qui aboutit à ce que la France,
autrefois dans le peloton de tête des pays
à taux favorable se retrouve désormais
dans le groupe de queue !
–
L'exonération des plus-values sur titres
réalisées par les sociétés de capitaux ;
ceci facilite la restructuration des groupes
et assure une neutralité entre les
différents modes d'appréhension des
revenus d'une filiale
–
L'allègement de la fiscalité des
plus-values mobilières réalisées par les
particuliers
–
Une simplification de l'imposition des
dividendes permettant de surcroît
d'éliminer toute discrimination selon la
résidence de la société dont
l'actionnaire détient les titres
–
La réduction de la charge fiscale pesant
sur le capital, soit par une baisse des
taux, soit par l'élimination des cumuls
d'imposition sur une même assiette.
On
note à cet égard la disparition
programmée de l'impôt sur les successions
aux Etats-Unis et la suppression dans
beaucoup de pays européens de l'impôt sur
la fortune. Seuls quatre pays de l'Union,
dont le nôtre, ont encore un mécanisme
d'imposition du patrimoine distinct de
l'imposition du revenu.
2/
Les réformes mises en oeuvre dans les pays
nordiques et aux Pays-Bas consistent en une
refonte complète de l'architecture des
prélèvements. Elles stimulent la
réflexion dans un pays qui a parfois joué
un rôle précurseur dans l’innovation
fiscale (TVA). Aujourd’hui, elles
paraissent néanmoins éloignées et de nos
préoccupations, et de nos
possibilités.
Au-delà
du retour à un système cédulaire
d'imposition des revenus que notre pays, en
dépit du principe posé en 1959 de l'impôt
unique à taux progressif, pratique assez
largement, notamment par le biais du
prélèvement libératoire sur les
intérêts, on ne peut que noter avec
intérêt le système néerlandais
d'imposition des revenus du patrimoine, où
ces derniers, évalués à partir d'un taux
de rendement théorique, sont soumis à un
prélèvement proportionnel ayant le rôle
et d'impôt sur le revenu et d'impôt sur le
capital.
L'application
dans les pays nordiques d'un taux unique
d'imposition à tous les revenus du capital
paraît également très séduisante, même
si l'expérience a montré que la
concurrence entre les différents
collecteurs ou attributaires de l'épargne
des ménages rendait l'exercice extrêmement
difficile.
***
Le
nouveau gouvernement bénéficie de la
durée, ce qui est un atout précieux pour
une réforme d'envergure. En revanche,
compte tenu du ralentissement de la
croissance et de la dérive des finances
publiques dont la maîtrise reste la
priorité absolue, les marges budgétaires
sont limitées.
Cependant
les exemples étrangers montrent que plus
qu'une diminution globale des
prélèvements, l'objectif des réformes
mises en oeuvre chez nos partenaires a été
de modifier la répartition de la charge
fiscale pour améliorer l'efficience du
système. Au delà des difficultés
conjoncturelles, il y a donc place
également dans notre pays pour une
stratégie d'ensemble.
Cette
stratégie doit à l'évidence concerner
l'impôt sur le revenu pour lequel la baisse
de 5 % qui vient d'être votée doit être
suivie d'une réforme plus ample dans le
sens d'une simplification tant de l'assiette
que des modalités de paiement – le
passage à la retenue à la source ne pourra
être éternellement éludé… ou
réévoqué seulement au moment des
campagnes électorales –, d'une
atténuation de la progressivité de nature
paradoxalement à augmenter le rendement de
l'impôt et d'une incitation au travail,
notamment pour les personnes non
qualifiées. L'intégration dans le barème
de l'abattement de 20 % sur les revenus
professionnels qui pour les revenus moyens
engendre un écart significatif entre taux
apparent et taux réel d'imposition pourra
constituer un élément de la
restructuration plus globale de l'impôt.
L'impôt
sur les sociétés est également un dossier
à ouvrir sous ses différents aspects : le
taux, la taxation des plus-values, le
régime d'imposition des dividendes (avenir
de l'avoir fiscal et du précompte).
L'empilement
des impôts patrimoniaux devra enfin être
reconsidéré, avec notamment l'objectif de
favoriser la transmission des
entreprises.
Cette
liste est loin d'être exhaustive mais il
s'agit des axes prioritaires d'action pour
permettre à notre pays, sans renoncer à
ses objectifs propres en termes de
redistribution et d'investissement
collectifs, d'affronter à armes égales la
concurrence à laquelle il est exposé
chaque jour davantage.
Le
document intégral est disponible sur le
site http://www.idep.asso.fr
à l'adresse :
http://www.idep.asso.fr/idep/images.nsf/picturelibraryview/strategiesfiscale.pdf/$file/strategiesfiscale.pdf
O.de.M
publié
le 11/11/02
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