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Pour
son XXIème rapport, le Conseil des impôts
a choisi de s'intéresser à la question de
la fiscalité dérogatoire. En effet,
les multiples exceptions aux règles de
droit commun (appelées par les
spécialistes " dépenses fiscales
" et plus communément "
subventions fiscales ", " aides
fiscales " voire " niches fiscales
") posent les questions tant de la
maîtrise des finances publiques que de la
simplification de la fiscalité.
Dans
leur acceptation actuelle, les "
dépenses fiscales " (recensées dans
l'annexe bleue des " Voies et moyens
" des projets de lois de finances)
recouvrent deux types de mesures de natures
distinctes : les allégements structurels,
qui font partie de l'équilibre général de
l'impôt, et les instruments de politique
publique rattachables à des objectifs de
nature non exclusivement fiscale.
Le
Conseil a centré ses travaux sur cette
deuxième catégorie, plus sensible, et
analysé de façon détaillée les secteurs
suivants, dans lesquels la fiscalité joue
un rôle essentiel : politiques en faveur du
logement, de l'épargne, des familles, des
personnes âgées ou handicapées, de
l'emploi, de la recherche et de la formation
professionnelle, de la création
d'entreprise, de l'aménagement du
territoire (métropole et outre-mer), des
entreprises de certains secteurs et de
l'environnement. Pour compléter ces
analyses, le Conseil a en outre procédé à
des comparaisons internationales, notamment
auprès de l'Allemagne, des Etats-Unis, et
du Royaume-Uni.
Dans
cette étude, le Conseil des impôts
souligne que la fiscalité dérogatoire
constitue en France " un enjeu
budgétaire important et mal maîtrisé
".
La
France se singularise par rapport à
d'autres pays par le nombre élevé des
dépenses fiscales. Plus de 400 dispositifs
sont officiellement recensés pour les
impôts dont le produit est affecté à
l'Etat. Leur poids financier n'a cessé de
s'accroître : ainsi, les dispositifs
créés entre 1997 et 2001 (dernier
résultat connu) constituent une moins value
pour l'Etat 9 Md€ en 2003. Ce chiffre ne
constitue toutefois qu'un ordre de grandeur,
en raison des incertitudes qui affectent,
d'une façon générale, l'estimation et la
totalisation des dépenses fiscales. En
outre, les comparaisons internationales
montrent que la France se singularise par un
nombre de dispositifs en moyenne deux fois
plus élevé que dans les autres pays
étudiés.
En
dépit de son impact financier, la
fiscalité dérogatoire reste mal
maîtrisée. Le Conseil des impôts juge que
" le périmètre actuel des dépenses
fiscales n'est pas satisfaisant " (il
prend en compte des mesures qui ne sont pas
à proprement parler dérogatoires et exclut
la fiscalité locale ou sociale) et que "
l'estimation du coût des dépenses fiscales
reste imparfaite " (seul un quart
des dispositifs sont estimés de façon
précise, et encore sans prendre en compte
ni les changements de comportement induits
ni l'impact des mesures sur les autres
recettes ou sur le niveau d'activité). Le
Conseil regrette plus généralement "
la faible attention portée à ces
dispositifs ", qui ont jusqu'à
présent fait l'objet de modalités d'examen
relâchées.
Par
ailleurs, le Conseil des impôts estime que
les dispositifs existants sont "
complexes et d'une efficacité incertaine
".
Il
identifie trois facteurs de complexité de
la fiscalité dérogatoire française :
atteinte de manière critiquable à la
cohérence de chacun des grands impôts (le
Conseil estime ainsi que " la prime
pour l'emploi introduit une rupture dans la
logique de l'impôt sur le revenu " qui
se traduit par un coût de gestion
administrative " particulièrement
élevé "), superposition des régimes
dérogatoires (il juge par exemple la
fiscalité dérogatoire en faveur de la
création d'entreprises " inutilement
complexe au regard des sommes en jeu "
et la fiscalité de l'épargne "
illisible et incohérente "), et
instabilité des dispositifs dans le temps
(le cas est cité notamment de la fiscalité
en faveur de l'immobilier).
Le
Conseil des impôts regrette enfin qu'en
France, les effets des dépenses fiscales ne
soient quasiment jamais évalués, ce
qui " laisse régner une grande
incertitude sur l'intérêt réel de la
plupart de ces mesures ". Sur la base
de ses propres analyses, le Conseil dénonce
" l'efficacité contestable d'un grand
nombre de dispositifs ", estimant les
effets des mesures fiscales tantôt "
marginaux " (c'est le cas notamment de
la formation professionnelle), tantôt
incohérents par rapport aux objectifs
poursuivis. Ainsi juge-t-il " l'effet
de la fiscalité sur le niveau de l'épargne
incertain ", tant dans son sens que
dans son ampleur. De même, les mesures
bénéficiant aux retraités conduisent à
ce que leur imposition soit moindre que
celle des actifs à niveau de revenu
identique. De plus, les effets indirects des
mesures, souvent importants, sont toujours
mal connus. Le Conseil estime également que
l'efficacité de la prime pour l'emploi,
comme outil d'incitation à la reprise
d'activité, " paraît limitée ",
notamment en raison de son versement plus
d'un an après la reprise d'une activité,
dans la mesure où elle suit le rythme de la
gestion de l'impôt sur le revenu.
Au
terme de cette analyse critique de la
fiscalité dérogatoire, le Conseil des
impôts formule douze propositions en
vue d'améliorer la connaissance des
dépenses fiscales, de mieux encadrer le
recours à ces dispositifs et de rechercher
une fiscalité plus simple, plus juste et
plus efficace.
La
connaissance des dépenses fiscales et
l'encadrement des procédures devraient,
selon le Conseil des impôts, être
sensiblement améliorés grâce à l'entrée
en vigueur progressive de la loi organique
relative aux lois de finances (LOLF) du 1er
août 2001, qui prévoit notamment que les
dépenses fiscales soient rattachées, comme
les crédits budgétaires, à des programmes
de politiques publiques et fassent l'objet
d'une évaluation annuelle. Aussi le Conseil
formule-t-il une série de propositions
techniques pour que les dépenses fiscales,
dont le coût et les effets sont analogues
à ceux des subventions, soient enfin
traitées par les administrations et par le
Parlement de façon aussi rigoureuse que les
autres dépenses. Dans ce but, il est
notamment préconisé de " réserver
aux lois de finances l'exclusivité de la
création des dépenses fiscales " et
de " n'autoriser les dépenses fiscales
que pour une durée déterminée ",
limitée à trois ans.
Le
Conseil des impôts propose enfin de "
réexaminer les régimes dérogatoires
existants en vue d'améliorer l'équité et
l'efficacité du système fiscal ",
avec le souci d'adopter une démarche
réaliste consistant " à ne
réexaminer que les dispositifs fiscaux
dérogatoires les plus critiquables, sans
toucher aux allégements structurels qui
font partie de l'équilibre de l'impôt
".
Ainsi
est-il proposé de " supprimer les
dépenses fiscales de faible portée "
qui " ont un impact négligeable "
et " rendent la législation fiscale
inutilement complexe ", engageant des
coûts de gestion disproportionnés. De
même, le Conseil estime indispensable de
" procéder à un réexamen
systématique des dépenses fiscales dont le
coût est inconnu " (c'est le cas de
plus de 200 mesures aujourd'hui). Ces
suppressions et clarifications de la
fiscalité pourraient notamment se faire en
application de la loi du 2 juillet 2003 qui
a habilité le Gouvernement à simplifier le
droit par voie d'ordonnances.
Enfin,
le Conseil appelle à un réexamen des
dispositifs dérogatoires " peu
cohérents ou dont les effets sont
insuffisants ". Il pointe ainsi les
incohérences, au regard des objectifs
poursuivis, de certains allégements fiscaux
en faveur de l'épargne, des personnes
âgées ou des familles. Il estime
également, dans le cas de la prime pour
l'emploi et de certaines mesures en faveur
de la création d'entreprise ou de
l'aménagement du territoire, que les
instruments fiscaux sont inadaptés, bien
qu'inspirés par des objectifs de politique
publique incontestables. Inversement, dans
le cas du crédit d'impôt recherche, le
Conseil estime que l'outil fiscal "
demanderait à être amélioré pour être
pleinement efficace ".
Dossier de presse
disponible à l'adresse http://www.ccomptes.fr/actualite/dossiers_presse/fiscalite-derogatoire.doc
Le
document intégral est disponible sur le
site du sénat à l'adresse : http://www.ccomptes.fr/organismes/conseil-des-imp
ots/rapports/fiscalite-derogatoire/rapport.pdf
publié
le 29/09/03
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