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Fiscal
on line : Bonjour
M. Martinet, pouvez vous vous présenter ?
Pascal
Martinet : Je suis directeur associé au sein
du pôle d’audit fiscal d’Alma Consulting Group,
avec 15 ans d’expérience de la fiscalité locale. Je
dirige également la rédaction de la Lettre de la
Fiscalité Locale qui fêtera bientôt son 15e
anniversaire.
Fiscal
on line : Quels
sont les domaines d’intervention d’Alma Consulting
Group ?
Pascal
Martinet : Alma Consulting Group est
une société d’audit qui, en 1986, a créé le
concept de conseil opérationnel largement copié
depuis. La société se rémunère sur les économies et
les résultats dégagés. Elle regroupe aujourd’hui
environ 420 collaborateurs dont 250 auditeurs et
consultants principalement spécialisés dans les
domaines de la fiscalité, des charges sociales, du
financement de l’innovation et des frais de
fonctionnement.
S’agissant du domaine fiscal, il
convient de préciser que nous travaillons sur toutes
les taxes, contributions, prélèvements divers et variés
(hors impôt sur les sociétés) et plus spécifiquement
sur les impôts locaux, en collaboration avec des
avocats spécialisés pour les contentieux que l’on
pourrait engager pour nos clients.
Fiscal
on line : La
société Alma Consulting Group est le spécialiste des
taxes locales. Sur quoi repose votre savoir faire et
votre expertise ?
Pascal
Martinet : D’une manière générale,
notre travail consiste à faire en sorte que le client
paye le juste impôt ni plus ni moins.
Or, en matière de fiscalité locale,
nous avons affaire à une notion qui peut être
difficile à appréhender tant pour les entreprises que
pour les ménages. Cette notion, commune aux différents
impôts locaux (taxe professionnelle, taxe foncière,
taxe d’habitation) est la fameuse valeur locative
cadastrale (valeur locative foncière) qui est
aujourd’hui totalement obsolète et qui fait qu’un
palace parisien haussmannien va être moins imposé
d’un hôtel d’étape en bordure d’autoroute. Face
à cette valeur locative cadastrale, les entreprises,
comme les ménages sont le plus souvent démunis en
raison de la difficulté qu’il y a, à la vérifier.
Dans ce domaine, nous bénéficions
d’une expérience de 18 ans (grâce notamment à des
auditeurs spécialisés mais aussi à des géomètres et
métreurs) et nous disposons d’une base de tarifs de références
dans toute la France (sachant que nous travaillons avec
des entreprises de tous secteurs et de toutes
implantations). Sans oublier notre pratique du
contentieux, réalisé en collaboration avec des avocats
spécialisés.
Il s’agit là de paramètres dont
les services internes des entreprises, même les
services spécialisés (directions fiscales), n’ont
pas la pratique et l’expérience.
Fiscal
on line : La
veille de Noël, Jean-pierre Raffarin a transmis à ses
ministres concernés le rapport Fouquet sur la taxe
professionnelle. Quelles difficultés la commission
a-t-elle rencontré ?
Pascal
Martinet : La mission de la commission était
de trouver un mode de remplacement de la taxe
professionnelle qui pénalise moins l’industrie et
l’investissement selon les vœux du chef de l’Etat.
Elle
devait, pour réaliser cette « gageure », respecter un
certain nombre de principes qui relevait plutôt de la
quadrature du cercle.
Dans le
cadre de sa mission la grande difficulté pour le
conseiller Fouquet était de concilier :
- le
respect de l’autonomie financière des collectivités,
- le
maintien du lien économique local,
-
l’absence de transfert des charges sur les ménages,
- la préservation
l’intercommunalité qui fait qu’aujourd’hui 1/3
des communes en France sont sous un régime de taxe
professionnelle unique.
Compte
tenu de l’enjeu de la taxe professionnelle pour les
entreprises, qui représente 22 ou 23 milliards d’euros
et de la difficulté à concilier ces grands principes,
il restait peu de marge de manœuvre à la commission...
Il
convient enfin de préciser que cette commission
d’experts réunissait les principales parties
prenantes avec des intérêts largement antagonistes et
contradictoires : les entreprises voulant payer si
possible moins que leurs voisins, les communes voulant
conserver leurs ressources et l’Etat souhaitant
contribuer beaucoup moins que par le passé et se
retirer progressivement de ce qui lui coûte de plus en
plus cher en matière de ressources locales.
Fiscal
on line : Quelles
sont les idées fortes du rapport Fouquet ?
Pascal
Martinet : L’idée principale de la
commission, à ce jour, est la suppression de
l’imposition sur les immobilisations afin d’y
substituer, dans un premier temps, une assiette mixte
qui reprenne à la fois :
- la
valeur locative foncière pour une part d’environ 20%
de l’assiette afin de maintenir le lien local ;
- et
l’agrégat économique et comptable qui est la valeur
ajoutée [déterminée au niveau du siège sociale de
l’entreprise et répartie localement selon une clé de
répartition restant encore à définir (salaires,
superficie, effectif…)].
La montée
en puissance de la partie foncière (auparavant la
proportion n’était pas de 20% mais de 17%) ne
pourrait perdurer qu’un temps dans la mesure où la
commission évoque le fait que la valeur ajoutée
devienne ultérieurement la seule assiette de la taxe
professionnelle.
A côté
de cette idée force, il existe un certain nombre de
propositions qui devraient faire l’objet de travaux
supplémentaires : la révision des nombreux régimes dérogatoires
et des régimes d’exonération, la préservation le régime
d’imposition spécifique des petites entreprises et
des redevables au BNC, la mise en place d’ajustements
pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est
inférieur à 7,6 millions d’euros et qui
aujourd’hui sont exclues du champ d’application de
la cotisation minimale sur la valeur ajoutée.
Si la
commission prône un étalement de la réforme sur une
dizaine d’année, celle-ci pourrait être adoptée
dans le cadre de la loi de finances pour 2006 avec une
mise en oeuvre qui pourrait, au mieux, s'établir en
2008.
Cet
ensemble d’aménagements, de part leur importance,
fait que la réforme sera plutôt pour après demain.
Il
conviendra également de prévoir un accompagnement sur
le long terme, car le point sensible va résider dans
les transferts de charges entre secteurs d’activités
comme cela était déjà le cas lors des précédents
travaux du Conseil des impôts sur la taxe
professionnelle, lequel avait d’ailleurs écarté la
valeur ajoutée à l’époque.
Fiscal
on line : Entre
le taux et l’assiette de la taxe professionnelle, la
Commission s’est attaquée à la deuxième variable.
Pourquoi ?
Pascal
Martinet : Ce n’est pas tout à fait exact
puisqu’elle prône un encadrement du taux local en
valeur absolue et un encadrement national fixé par le législateur
avec une valeur minimale et une valeur maximale.
Retenir
un seul taux national serait revenu à transformer la
taxe professionnelle en une dotation budgétaire, mais
également à supprimer toute marge de manœuvre des
collectivités en la matière. Enfin cela aurait été
contradictoire avec le principe d’autonomie des
collectivités locales qui figure dans la constitution
et en vertu duquel toute collectivité locale doit
disposer d’une part de ressources propres.
D’où
le maintien du taux local qui est le facteur clé de
l’action locale et du lien économique local.
Fiscal
on line : Le
rapport Fouquet préconise la suppression de la part régionale
de la taxe professionnelle ? Quels seront les impacts de
cette réforme ?
Pascal
Martinet : Au préalable, il convient de
souligner que cette « part régionale » a déjà été
supprimée pour la taxe d’habitation afin d’être
intégrée dans la dotation globale de fonctionnement.
La
mission Fouquet propose de supprimer la part régionale
de la taxe professionnelle qui représente aujourd’hui
2 milliards d’euros. Cela suppose donc qu’elle soit
financée par un autre impôt (TVA, TIPP, taxe sur les
conventions d’assurance…) afin de combler le manque
à gagner. Autant dire que cette compensation va être
particulièrement délicate à mettre en œuvre.
De plus,
les régions voient d’un assez mauvais œil d’être
privées d’une ressource évolutive telle que la taxe
professionnelle (contrairement à la TIPP) au moment ou
elles vont avoir plus de responsabilité à l'avenir
dans les secteur tels que l’éducation, les routes...
Enfin,
les fédérations professionnelles risquent de réagir
rapidement surtout celles qui sont touchées le plus défavorablement
et notamment les secteurs de la distribution, du
commerce de l’hôtellerie, du conseil, mais également
le secteur financier.
Fiscal
on line : Quel
est votre sentiment sur la réforme envisagée ?
Pascal
Martinet : Bien que l’essentiel de
notre activité, aujourd’hui en matière de taxe
professionnelle, concerne la valeur ajoutée à travers
le plafonnement et la cotisation minimale nous considérons
que la valeur ajoutée comme assiette unique de la taxe
professionnelle n’est pas une bonne idée nous nous
sommes donc exprimés dans ce sens.
Toute
l’ambiguïté du projet est que par la valeur ajoutée
on réintègre les salaires à hauteur d’environ 60%
en moyenne nationale, c'est-à-dire dans des proportions
beaucoup plus élevées à ce qui était auparavant,
c'est-à-dire avant la suppression de la part salariale
engagée en 1999.
Rappelons
que la part « salaires » avait été supprimée afin
de favoriser l’emploi. Aujourd’hui on envisage de
les réintégrer de façon beaucoup plus importante. Il
s’agit là d’une mauvaise idée et surtout d'un
facteur multiplicateur de délocalisation du secteur
service dont la valeur ajoutée peut se délocaliser
beaucoup plus facilement que celle du secteur
industriel.
S'il
s’agit d’une idée simple de prime abord (la part
salaire se calcule assez facilement sur la liasse
fiscale), c'est une idée simple qui complique tout, car
en réintégrant les salaires par la valeur ajoutée, on
pénalise les entreprises en croissance et on concentre
l’imposition sur un petit nombre de redevables.
Autrement
dit, on pénalise le secteur des services qui est
pourtant à l’origine de l'essentiel des emplois créés
de nos jours et qui dispose de facultés de délocalisations
beaucoup plus fortes.
A notre
avis, il faut revenir à une juste mesure. En réintégrant
les salaires de façon plus proportionnée et plus
progressive (et non à hauteur de 60%) on pourrait
revenir à un équilibre susceptible de satisfaire le
plus grand nombre. Cette solution aurait le mérite d’être
plus en adéquation avec l’évolution économique.
En
retenant une part d’immobilisation et une part de
salaires de façon plus équilibré en réétudiant les
pondérations respectives de ces deux composantes on
arrive à un système beaucoup plus souple et
acceptable.
Fiscal
on line : Le
MEDEF réclame la suppression de la part départementale.
Que pensez-vous de cette demande ?
Pascal
Martinet : Il faut savoir que la part départementale
représente 7 milliards d’euros, soit à peu près 30%
du produit de la taxe professionnelle.
A travers
cette proposition, le MEDEF se range dans ce qu’on
appelle la « spécialisation de l’impôt », non pas
la spécialisation de la ressource mais la spécialisation
de l’emploi. Cela signifie que chaque impôt ne
viendrait financer qu’une seule collectivité ou
qu’un seul type de collectivité qui pourrait être,
si l’on supprimait la part départementale et la part
régionale : les communes ou l’intercommunalité pour
la taxe professionnelle par exemple.
Ce
faisant le MEDEF se range à cette notion de spécialisation
à laquelle nous sommes plutôt favorable pour des
raisons de lisibilité et de clarté.
Mais,
cela supposerait de trouver une taxe de substitution qui
pourrait, par exemple, être une partie de la TVA
suivant en cela le souhait de nombreuses entreprises.
Autrement dit, cela reviendrait à faire basculer sur
les ménages le poids de cette suppression, ce qui n’était
pas prévu au départ et qui est assez délicat à
mettre en oeuvre dans le contexte fiscal général et
communautaire.
Fiscal
on line : Dans
« La lettre de la fiscalité locale » (Hors-série, Spécial
réforme de la taxe professionnelle/ Septembre 2004).
Vous dites que l’on ne peut supprimer la Taxe
professionnelle. Pourquoi ?
Pascal
Martinet : Cette déclaration est en quelque
sorte le contre-pied aux premières déclarations en
sens contraire du président du MEDEF en la matière sur
la place publique.
Mais, il
s’agit surtout d’une évidence que M. Francis Mer a
soulignée dès le lancement de la proposition de réforme
par le chef de l’Etat.
Pourquoi
? Tout simplement parce que l’Etat ne dispose pas de
23 milliard de recettes annuelles pour en doter les
collectivités locales, sauf, une fois encore, à en
faire basculer le financement sur les ménages…ce qui
est totalement exclu.
Fiscal
on line : La
Lettre de la Fiscalité Locale, en partenariat avec le
quotidien La Tribune, a réalisé une enquête sur la réforme
de la taxe professionnelle, auprès d’un panel
d’entreprises. Quels sont les résultats de ce sondage
?
Pascal
Martinet : Il s’agit d’une enquête que
nous avons réalisée dans toute la France auprès
d’entreprises de toute taille et de tous secteurs
(industries et services).
Le point
essentiel qui ressort de l'enquête est que les
entreprises ne s’attendent pas à une suppression de
la taxe professionnelle et souhaitent un réaménagement
de cet impôt.
Un autre
point a fait largement consensus. Il s’agit du souhait
émis par le plus grand nombre de voir s’élargir le
champ d’application de l’assiette de cet impôt à
des redevables qui sont aujourd’hui des redevables
potentiels mais exonérés (secteur agricole notamment).
En effet 1/3 des redevables potentiels sont
aujourd’hui exonérés.
Une très
forte majorité d’entreprises s'est également prononcées
pour un élargissement du champ d’application de la
taxe professionnelle à toutes les activités du secteur
public concurrentiel ou non, qui bénéficient
aujourd'hui des structures locales sans y contribuer.
Les entreprises estiment qu’une assiette plus large
permettrait de diminuer le taux d’imposition. Cet élargissement
qui a été évoqué rapidement par le rapport Fouquet
suppose des travaux supplémentaires et surtout une décision
politique.
Propos
recueillis par Nicolas BOUSSEAU
publié
le 07/02/2005
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