L’heure de vérité approche pour la réforme des retraites
PARIS (AFP)
L’heure de vérité approche pour les retraites : le gouvernement va enfin lever le voile sur sa réforme, peaufinant les derniers arbitrages, sous la pression de la gauche et des syndicats qui tentent de mobiliser une opinion hostile mais résignée à l’allongement de la vie active.
A moins que l’Elysée ou Matignon ne change d’avis, la primeur de l’annonce officielle devrait revenir mercredi au ministre du Travail Eric Woerth, en première ligne dans ce dossier explosif, au lendemain d’une journée d’action organisée en cavalier seul par Force ouvrière.
« On se dirige vers une annonce par Eric Woerth mercredi matin. Il s’agira d’une version poussée mais pas définitive, » a indiqué à l’AFP une source gouvernementale, précisant que le scénario n’était « pas encore définitivement calé ».
« Il va y avoir des arbitrages jusqu’au dernier moment et encore après l’annonce du ministre », a-t-on ajouté dans son entourage, alors que les partenaires sociaux pourraient prendre connaissance mardi soir du projet gouvernemental, déjà largement défloré.
Après le recul de l’âge légal au-delà des 60 ans, qui a soudé les syndicats contre lui, le gouvernement a dévoilé cette semaine d’autres options comme la hausse des cotisations des fonctionnaires ou taxe temporaire sur les revenus supérieurs à 11.000 euros par mois, sans chiffrer l’impact de ces mesures.
Face au besoin de financement du système de retraite, estimé entre 56 à 80 milliards à l’horison 2030, M. Woerth n’a pas exclu de devoir puiser dans le Fonds de Réserve des Retraites pour passer le « cap déficitaire », une démarche qualifiée de « racket social » par le Parti socialiste.
Créé par la gauche en 1999 pour n’être utilisé en principe qu’après 2020, le recours à ce fond est l’un des thèmes sensibles que doit encore arbitrer l’Elysée.
D’autres inconnues subsistent encore, notamment le curseur fixé pour l’âge légal, qui devrait varier autour de 63 ans, une option revendiquée par le patron des députés UMP, Jean-François Copé.
Reste aussi à définir le volet sur l’emploi des seniors, la pénibilité ou les bonifications de certains fonctionnaires (policiers, pompiers, militaires...), ainsi que le rythme de la réforme dont le gouvernement n’a cessé de répéter qu’elle serait "progressive".
Pour les syndicats, qui dénoncent un simulacre de concertation, l’autre interrogation réside dans la rue, où la mobilisation reste, selon eux, le seul moyen d’infléchir encore la position gouvernementale.
« Le gouvernement prend de grands risques, il maltraite la démocratie quand il agit à la hussarde », a lancé vendredi François Chérèque, le secrétaire général fraîchement réélu de la CFDT, à la clôture d’un congrès que l’exécutif a, d’après lui, cherché à "pourrir".
François Chérèque prononce un discours lors du 47e congrès de la CFDT, le 11 Juin 2010 à Tours.
En ouvrant la porte à un allongement de la durée de cotisation sous certaines conditions, le premier syndicat français en nombre d’adhérents a maintenu son profil réformiste, tout en exigeant le maintien de la retraite à 60 ans.
Mardi, la journée d’action et de grève interprofessionnelle de Force ouvrière, qui prévoit "plusieurs dizaines de milliers" de manifestants à Paris, servira de prélude à la mobilisation des autres centrales (CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Unsa et CFTC), le 24 juin.
Si la réforme passe, "tout le monde va y perdre", a averti le leader de la CGT, Bernard Thibault, qui a lui-même déposé cette semaine au ministère du Travail les quelque 220.000 signatures recueillies par la pétition de son syndicat.
Par Philippe ZYGEL
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Pour aller plus loin :
Selon un article du Figaro.fr (Edition du 11 juin), « La taxe « spéciale » sur les revenus supérieurs à 11 000 euros par mois, pour financer les retraites, a été entérrée »