ISF et exonération de droits sociaux au titre des biens
professionnels : attention à l’exercice effectif d’une activité
d’une holding d’un groupe

Cet article a été rédigé par Stéphanie Auféril et Danielle Halimi avocates au cabinet Baker & McKenzie.
La Cour de Cassation, chambre commerciale, 23 novembre 2010,
pourvoi n° 09-70465 a eu l’occasion de juger de la notion de biens
professionnels dans le cadre suivant.
Le contribuable était propriétaire de la totalité du capital d’une
société holding située en Belgique, qui elle-même détenait plusieurs
filiales. Il considérait que les droits sociaux détenus dans la société
holding devaient être exonérés d’ISF en tant que biens
professionnels, sur le fondement de l’article 885 0 bis du CGI, dans
la mesure où, étant à la fois administrateur de la société holding,
président-directeur-général de chacune des filiales du groupe, et
quasiment le seul actionnaire du groupe, ses prérogatives en tant
qu’actionnaire dépassaient largement en pratique celles d’un
actionnaire classique, puisqu’il avait un rôle décisionnel important
dans chacune des sociétés du groupe. Ainsi, sa qualité
d’actionnaire et ses différentes fonctions impliquaient
nécessairement, selon lui, que la holding soit l’animatrice effective
du groupe, et donc qu’elle participât activement à la conduite de la
politique et au contrôle des filiales.
Les juges ont cependant choisi d’analyser l’activité seule de la
société holding, et ont noté que :
Le contribuable n’apportait aucun élément de nature à établir
la participation de la société holding dans l’orientation de la
politique du groupe, la gestion de sa filiale, les éventuels
services rendus (sur trois exercices, seulement trois factures
concernaient des services rendus par la mère à sa filiale).
Au contraire, la quasi-totalité des documents remis
concernaient des factures se rapportant aux moyens très
minimes de la domiciliation de la société holding.
La chambre commerciale de la cour de cassation, a donc jugé,
dans son arrêt en date du 23 novembre 2010, que bien
que l’actionnaire unique joue un rôle administratif, économique et
financier important dans chacune des sociétés du groupe, les
actions détenues dans cette société ne peuvent être qualifiées de
biens professionnels exonérés, dès lors qu’il n’est pas établi que la
société holding participe elle-même activement à la conduite de la
politique et au contrôle des filiales.
Il est à noter que, par le passé, le rôle essentiel du dirigeant de la
holding auprès des filiales du groupe a pu contribuer, ajouté à
d’autres éléments, à établir le caractère de société animatrice
lorsqu’il était démontré par des comptes-rendus des conseils
d’administration et des rapports des commissaires aux comptes.
Il convient donc d’être très vigilant quant à l’effectivité de l’activité
d’une holding animatrice et de pouvoir la justifier en cas de contrôle.
A propos des auteurs
Stéphanie Auféril et Danielle Halimi : Avocates, Baker & McKenzie SCP, 1 RUE PAUL BAUDRY, 75008 PARIS